Philippe Couillard: de la chenille au papillon?

Philippe Couillard: de la chenille au papillon?

Passé le choc de la première surprise, on s’aperçoit que le résultat de l’élection, examiné sous toutes les coutures, est en fait un retour aggravé au début des années 70. S’y ajoute une fatigue politique due à une répétition dont on ne peut s’évader. On a cherché pendant une semaine des boucs émissaires et on les a accablés à tour de rôle. Ne serait-il pas plus juste de voir dans le résultat de l’élection le reflet des  contradictions qu’une longue suite d’échecs a déposées au fond de notre âme collective? Confusion identitaire, incapacité de choisir, provincialisme des attentes et des points de vue, – chacun des partis est mis à nu, sans oublier l’électorat encore plus atteint, si l’on peut dire.

Le Québec n’est pas disparu, il est en fait resté fidèle à lui-même. L’équilibre entre l’instinct de l’indépendance et l’acceptation de la Conquête de 1760 qui distinguent les deux principaux partis, – équilibre qui entretenait le dynamisme de notre vie politique, se trouve gravement compromis. La défaite d’un parti n’est pas la démission d’un peuple, mais il réduit à l’impuissance, dans un tournant décisif, la référence fondamentale à laquelle notre peuple doit son caractère distinct, sa raison d’exister au sein de l’Histoire.

Au moment de s’emparer du gouvernement, M. Couillard doit être bien conscient de l’ampleur de sa responsabilité. Il est sans doute le prisonnier du parti auquel il appartient, mais il doit clairement en dépasser la partisanerie, et s’affranchir de la pression de sa base électorale.

Autrement dit, il doit assumer, à la place du PQ, la défense de notre peuple et réduire à l’essentiel et à l’inévitable le lien du Québec au Canada. Pendant la campagne, il lisait un livre sur Napoléon. S’il a bien saisi la grandeur du personnage, il comprendra aussi quel est son devoir et quel est le caractère de l’action qu’il doit conduire maintenant.

Pour être élu, il devait « séduire » l’électorat de souche. Dans ce dessein, il a porté à sa boutonnière le Fleurdelisé et il s’est dépouillé de l’Unifolié. S’agissait-il d’un déguisement, d’un piège électoral, ou de l’annonce d’une métamorphose qui commençait à le grandir jusqu’à la taille d’un authentique porteur de notre espérance nationale?

Hubert Larocque
Gatineau