Les jeux de Sotchi ont-ils une odeur?

Lettre ouverte

Les jeux de Sotchi ont-ils une odeur?

Les jeux de Sotchi sont, en plus de leur côté proprement olympique, une vitrine de propagande pour un Canada unitaire. Bref, dans son statut actuel, le Québec n’a aucune fenêtre sur le monde, c’est une fiction purement locale.

La polémique est sans doute larvée, sans grand éclat, mais cela n’empêche pas que la question ne se pose. La  mise en scène des compétitions, le rendu flamboyant des performances, l’obsession des médailles, les fortes émotions du podium, tout cela pourrait-il s’accompagner du contrepoint des enjeux économiques, politiques et nationaux? Au fond, personne n’en doute, mais sans trop y attacher d’importance ni en évaluer le poids exact.

En nos temps, plus mercantiles que les autres, l’aspect économique ne saurait passer inaperçu. Qui n’est pas ébahi et dépassé par l’ampleur des sommes investies dans la célébration olympique? Cette valse de milliards qui produit un mouvement fiévreux et hautement artificiel pour la transformation physique des lieux, la construction des installations sportives et des logements destinés aux athlètes ainsi qu’à un tourisme accouru de tous les coins du monde…

Louis XIX avait construit Versailles à sa gloire et comme le grandiose monument de son pouvoir. En digne émule du Roi-soleil, le président Poutine expose au monde entier le dynamisme, la force et l’efficacité de son pouvoir. L’homme de main, le dictateur, le persécuteur de toutes les oppositions quitte, pendant la durée des jeux, sa posture de Tsar. Il se fait tout proche, familier. Il s’assoit avec les athlètes, s’insinue dans les vestiaires, trinque avec une simplicité émue, il embrasse Aubut comme un frère.

Poutine, bien sûr, est lui-même enveloppé et dépassé comme un figurant dans la manifestation de la puissance nationale de la Russie. Il passera, lui aussi, comme les éphémères dirigeants démocrates, mais ce vieil empire, élaboré par des siècles de misère, de sang et d’ivrognerie, de liturgies orthodoxes, de conquêtes et de splendeurs barbares,  de tous les excès de la chair et de l’esprit aura montré la supériorité humaine et symbolique de l’État-Nation sur la dictature froide et anonyme de la mondialisation.

Eh oui! Les jeux sont d’abord une célébration nationale et l’on serait bien avisé de prendre conscience de cette dimension qui crève les yeux. Il suffit pourtant de constater, à Sotchi,  l’absence totale des signes du Québec, absorbé tout entier dans l’équipe canadienne. Partout, l’on ne voit que des unifoliés et un ouragan de rouge pour le souligner. Avez-vous vu poindre la moindre fleur de lys? Dans les comptes-rendus de Céline Galipeau, à Radio-Canada, avez-vous une seule fois entendu le terme de « québécois »? Il faut bien conclure que les jeux de Sotchi sont, en plus de leur côté proprement olympique, une vitrine de propagande pour un Canada unitaire. Bref, dans son statut actuel, le Québec n’a aucune fenêtre sur le monde, c’est une fiction purement locale.

 

Hubert Larocque

Gatineau