Des lendemains qui chantent faux!

Drapeau du Québec Quel étrange peuple nous pouvons être! Depuis le 7 avril, le paysage a changé au point que l’on s’étonne de la quasi disparition de ce qui nous avait agité, apparemment avec fièvre, pendant de longs mois. L’opposition entre « indépendance » et « fédéralisme » qui paraissait la structure fondamentale et permanente de notre vie politique ne fait plus l’objet que d’échos marginaux. Son rappel même n’échappe pas à une incongruité, à un certain ridicule eu égard aux résultats apparents des dernières élections. On aura remarqué le peu d’enthousiasme avec lequel la victoire des libéraux fut accueillie, même de la part des vainqueurs. Une surprise gênée par l’ampleur de la majorité, et chez les maîtres d’hier un désarroi un peu faux qui répondait à une attente secrète. Les plus informés de nos amis avouaient de la honte, comme si le Québec, mieux que ses pires ennemis, s’était infligé à lui-même une défaite à plate couture. Pour nécessaire et inévitable que soit le redressement économique, tous sentaient bien que ce thème devenu dominant servait aussi à cacher ce que l’on venait de balayer sous le tapis.

Les conséquences se développeront au cours de tout le mandat du nouveau gouvernement. Chose certaine, nous sommes redevenus une province, c’est-à-dire un lieu subalterne et perdu au sein de neuf provinces anglaises et de deux ou trois territoires anglo-autochtones. Nous avons perdu tout sérieux international, tout motif de considération, car nous avons refusé une fois de plus ce qui hausse un peuple au niveau des autres et affirme son existence, à savoir l’indépendance nationale.

À l’intérieur du Québec, on peut constater dans les médias un aplatissement des propos et des attentes. Les partis politiques ne pourront plus invoquer de grands idéaux alors que les urnes le leur ont en quelque sorte interdit. Les Québécois qui aiment tant agiter de faux débats, des psychodrames où l’on se déchire sans effusion de sang , -juste pour rire-, se sont défilés quand une prétendue démocratie leur a tendu la possibilité de traduire en réalité politique ce qu’ils prétendaient désirer. Que conclure sinon que les Québécois vivent toujours dans la crainte et le déni d’eux-mêmes et qu’ils se divisent pour ne rien décider.

Une bonne nouvelle, peut-être? Devant la déroute du Parti Québécois qui n’a su se hausser au rang de parti national, il incombe aux Libéraux, paradoxalement, d’en assumer le rôle. On a cru percevoir, chez M. Couillard, une retenue, une gravité et une habileté que l’on pourrait interpréter comme l’éveil d’une conscience nationale authentique.

Quand Xavier Dolan croyait voguer vers la Palme d’or, il ne savait trop s’il était Canadien ou Québécois. Une fois « vaincu », ses idées s’éclaircissent, il rentre dans le rang et, la main sur le cœur, ne trouve plus en lui que l’amour du Québec. Ne serions-nous doués que pour la défaite?

Hubert Larocque, Gatineau.