UN ÉCHEC… LE NATIONALISME ?

Par Anthony Roy

C’est bien malgré un horaire du temps des fêtes très chargé que je me dois de répliquer à la lettre d’opinion de Mme Céline Cooper parue dans la Presse du mercredi 21 décembre dernier sous le titre L’échec cuisant  du nationalisme.

Mme Cooper définit les nationalistes québécois comme des gens de contradictions manifestés « … par leurs mots soient par leurs pratiques langagières » bref une bande de joual qui selon elle serait contre l’atout que constitue la connaissance des langues. Elle se sent aussi obligée de définir le «nous» sous entendant que le nationalisme québécois serait ethnique et que l’on se moquerait des « accents non francophones». Pourtant, l’historique du nationalisme québécois, de Papineau, Parent en passant par Lévesque nous démontre un nationalisme civique ouvert sur le monde et aux réalités de leur temps. Si l’intermède ultramontain imposa un nationalisme ethnique, appuyé par l’Église et le pouvoir britannique puis dans l’indifférence du Canada anglais celui-ci est révolu depuis le début des années 1960.

Avant de condamner les nationalistes à l’échec, prenons le temps de bien définir le fondement du nationalisme québécois. Depuis longtemps, il y a en terre d’Amérique ce groupuscule de francophones qui s’est rapidement développé sa propre identité comme Canadien puis Canadien français et depuis la Révolution tranquille comme Québécois. Ce qui est fondamental dans l’évolution du nationalisme est cette idée de perdurer en terre américaine, et ce, même si depuis la conquête on nous considérait sans avenir. Pourtant après les tentatives d’assimilations, le Québec comme berceau de la francophonie nord-américaine continue de briller. Peu importe le jugement que nous modernes bien pensant avons sur le nationalisme de nos aïeux, il a fonctionné. En témoigne le privilège de débattre en français aujourd’hui.

Le nationalisme, c’est cette solidarité qui unit des individus sur des valeurs fondamentales et objectifs communs et qui assure l’unité au moment de choix « divisifs », propres à l’exercice démocratique. C’est bien plus qu’une position constitutionnelle.

L’objectif de durée de notre nationalité n’est pas à l’encontre des anglophones dont les droits historiques doivent être respectés et ils le sont comme en témoignent toutes leurs institutions qui font la richesse de l’ensemble du Québec. Le Québec est en proportion une terre d’immigration des plus dynamiques au monde. Côtoyant des allophones régulièrement, je peux témoigner de leur habilité en français et le nationalisme québécois leur appartient tout autant et sans devoir renier leur culture d’origine.

Je peux aussi témoigner que beaucoup d’allophones et d’anglophones sont incapables de nommer deux artistes Québécois francophones, n’écoutent pas la musique ni le cinéma québécois pourtant bien reconnus internationalement. L’anglais constitue pour beaucoup d’entre eux leur langue d’usage courant et malheureusement ils ont tendance à appeler les Québécois francophones «les Québécois» s’excluant eux-mêmes de leur nouvelle identité collective d’accueil. Il serait facile et assez à la mode du temps d’accuser la majorité francophone pour ce fait, mais l’ouverture à l’autre est une responsabilité bipartite.

Pour durer, la langue française doit être utile et nécessaire dans la vie des citoyens sinon elle deviendra rapidement une curiosité folklorique pour les touristes avant de s’éteindre à tout jamais. À ce moment, ce serait l’échec du nationalisme québécois qui n’aurait pas assuré son fondement premier, mais aussi d’une certaine idée du fédéralisme Canadien.

La mondialisation du commerce consacre l’hégémonie de l’anglais et le Québec n’y échappe pas. Bien que de reconnaître les qualités multiculturelles de la société québécoise, la pratique de ce pendant économique du laisser-faire en matière d’intégration culturelle folklorisera le français au Québec.

Par conséquent, nos institutions publiques deviennent le seul endroit où le français est une langue d’utilité. Ces institutions, l’Assemblée nationale, l’administration publique et les sociétés d’état par leurs poids peuvent créer un espace qui rend nécessaire le français que le bilinguisme viendrait contrecarrer. Bien sûr, certains aménagements peuvent être faits pour la minorité anglophone historique, mais l’idée d’un unilinguisme des institutions publiques n’a rien d’arriérée et est pratiquée dans presque toutes les nations du monde et provinces canadiennes. Cela ne se fait pas contre l’anglais et tout individu a le loisir d’apprendre toutes les langues qu’il voudra. De toute façon, une société qui parle le français autant que  le dit Mme Cooper ne sera pas offusquée d’être servie en français dans l’administration publique québécoise.

En terminant, rien de tout cela n’est valable sans la fierté d’appartenance au Québec, la solidarité et le partage de valeurs fondamentales, dont le français comme langue commune bref, d’un nationalisme Québécois. Pour ce qu’elle  appelle la «société mondiale» des individus sans levier réel pour exercer leur citoyenneté, je vois plutôt des sociétés dans ce monde qui dans l’esprit de reconnaissance et d’unité qu’est le propre du fédéralisme, se fédèreront pour assurer l’exercice citoyen localement, nationalement et internationalement.