MADAME LINE BEAUCHAMP

Non, c’est NON!

Madame la Ministre Beauchamp
Ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport
line.beauchamp@mels.gouv.qc.ca

Objet : L’anglais intensif au primaire

On apprend l’histoire pour savoir pourquoi nous sommes ici comme nous le sommes. Les erreurs du passé devraient servir à mieux baliser notre chemin vers un avenir plus souverain en tant qu’êtres humains et comme peuple. Question de dignité, de conscience, de liberté.

On n’improvise pas quand il s’agit d’enseigner la langue première d’une nation. On le fait encore moins quand on a le statut rétréci d’une province. Or, l’idée d’enseigner l’anglais intensivement en 6e dans les conditions que sont celles du français au Québec n’est supportée en aucune manière par le bon sens ou des études. Voyez par vous-mêmes la dynamique défavorable du français dans l’évolution du Québec des derniers dix ans.

Je viens de publier un roman dont l’histoire se passe en 1889. C’est le plus québécois des romans traitant des Canadiens-français de l’époque. Lisez ces deux extraits. Le premier réfère au Règlement 17 de la période d’assimilation ouverte menée contre le français en Ontario. Le second est un cri du cœur du personnage principal du roman, lassé par l’incompréhension de son entourage aux questions d’appartenance et d’identité.

Quelque 120 ans plus tard, nous nous le ferions à nous-mêmes? Sans aide, de notre propre accord, nous adopterions des mesures assimilatrices? Non, c’est NON!

Extraits de Mattawa, à contre-courant, Prise de parole, 2012, roman, par Benoît Cazabon :

–          « Non seulement voulait-on nous imposer l’anglais comme langue d’usage, mais on nous avait également demandé de mettre de côté nos manuels du Québec et de les remplacer par des volumes anglais provenant des Maritimes. De délaisser, donc, le contenu de nos apprentissages; autant dire d’abandonner notre culture ». p.120

–          Je veux être comme tout le monde, justement, mais en français. Être moi-même comme un autre, pas comme l’autre! Tu saisis la nuance? p.86

Du fond de mon Outaouais d’adoption, je vous adresse ce message ainsi qu’à tous ceux qui ont fonction de protéger un Québec français. Il est temps de se ressaisir, c’est-à-dire, selon son sens premier, de reprendre possession de son bien et de son pouvoir. Ma langue et ma culture sont mes biens les plus précieux. Le bien le plus précieux du Québec, ce sont ses enfants. Ce ne sont pas des citoyens de demain ou de la main-d’œuvre, comme vous l’affirmiez le 6 février. Ce sont des êtres humains s’exprimant par une langue et une culture d’abord. Faites leur confiance. Laissez-leur la paix.  « Il y a quelque chose de plus grand pourtant que d’appartenir au monde, c’est de s’appartenir à soi-même. » Victor Hugo.

Recevez, Madame la Ministre, mes salutations les plus respectueuses,

Benoît Cazabon
http://www.benoitcazabon.ca/