L’OBSTACLE « SUPRÊME »

La campagne électorale a d’évidentes limites  informatives. Simplification, grossissement, polémique partisane…  On ne peut cependant lui dénier une force, celle d’intéresser pour un court temps les citoyens aux divers aspects de la vie politique et de leur en suggérer  l’étendue et la complexité. Toutefois, Il faut accorder aux élections leur juste place qui est,  non de décider du cadre national et politique, mais de désigner les administrateurs d’un régime que l’histoire a prédéfini et dont les règles de fonctionnement sont consignées dans une constitution. Aussi importe-t-il de s’élever contre le simplisme d’une vision» qui considère comme dépassés les problèmes constitutionnels et qui traite de « chicanes » les affrontements que ceux-ci peuvent soulever. Le terme de « chicane comporte un caractère péjoratif et réducteur. Ce sont, dans un ensemble « familial », des querelles de mauvaise foi portant sur des détails. Tout autres sont évidemment  des discussions ayant pour sujet  le pays, le gouvernement et les droits du peuple québécois par rapport à un Canada qui les englobe et  les subordonne. On peut même qualifier ces discussions d’inévitables et de fondamentales.  Les  juridictions fédérales  encadrent, limitent et rendent très aléatoires  la plupart des solutions aux problèmes  que les chefs « provinciaux », durant cette campagne, s’engagent  à régler  devant leur électorat. 

Tous les conflits se terminent devant la Cour suprême du Canada dont on connaît à l’avance la plupart des décisions. En gros, le rôle de ce tribunal est de sauvegarder la structure canadienne qui subordonne le peuple québécois, sa langue et sa culture, son gouvernement et tous les domaines de quelque importance aux intérêts d’un État extérieur et multi-anglophone.

Jean-François Lizée a donc correctement posé le problème et esquissé la solution. Dès maintenant, Madame Marois, eu égard à son projet ultime, devrait exprimer, officiellement et sans ambiguïté, sa distance face à la capacité de la Cour suprême du Canada  à juger les lois du Québec  de façon juste et appropriée.

Hubert Larocque, Gatineau.