LES BROUILLARDS IDENTITAIRES

L’identité est la forme particulière que revêt l’esprit humain dans tel contexte historique et tel héritage culturel. Elle a des composantes multiples, à la fois ethniques, linguistiques, culturelles et religieuses, mûries et brassées sur une longue durée. Par-dessus tout, elle constitue la nature même d’un peuple, élaborée par l’histoire et explicitées par les grands esprits d’un peuple donné. On ne peut assumer plusieurs identités sans être une sorte de monstre, un je-ne-sais-quoi sans langue propre, sans personnalité, comme une sorte de pronom indéfini et cacophonique. C’est bien à cela qu’aboutissent les prétendus idéaux, inter et multi-culturels. L’identité est unique, comme le sujet humain,  même si elle peut attirer plusieurs éléments dans son creuset et les transformer en un produit nouveau. Les très grandes cultures, celle de la Grèce, de la France classique, ont assimilé les apports étrangers au point où ceux-ci ont cessé d’exister sous leur forme première et sont même indiscernables dans la fusion d’une trame unique et transcendante. La Conquête de 1760 a fixé notre identité et l’a fermée sur sa composante essentielle, l’héritage de la France « éternelle », dont la langue française constitue l’expression et le symbole, pour nous et à la face du monde.

La politique contemporaine qui doit gérer des populations hétéroclites, hâtivement rassemblées comme un cheptel, tend à imposer comme modèle unique et permanent un désordre analogue à celui qui succéda à l’Invasion des Barbares. Les résultats sont assez visibles : décérébration généralisée, perte du langage et triomphe d’un Anglais d’aéroport, comme sous-langue d’une identité dévaluée et informe.  

Tous les cafouillages identitaires, que Yann Martel illustre dans ses propos récents et dont Gérard Bouchard se fait le propagandiste, ont pour origine l’oubli de ce que nous-sommes. Ces messieurs témoignent à des degrés divers de la servitude au pouvoir fédéral et de formes d’assimilation plus ou moins subtiles. Les Québécois sont d’abord les descendants des quelque soixante mille colons français restés au pays après 1760, ainsi que ceux qui se sont unis à eux ou qui se proposent de le faire. Cette définition qui relève d’une ethnicité ouverte, fondée sur la vérité de la génétique et de l’histoire, demeure la seule forme d’inclusion franche, normale et réelle. 

Hubert Larocque