L’AFFAIRE DUCEPPE

L’affaire Duceppe: en queue de poisson 

L’affaire Duceppe retombe, mais non sans avoir produit son effet. Ottawa avait un net intérêt à mettre ce politicien hors jeu, de la façon que l’on sait. Chez les politiciens disponibles, il était le seul à pouvoir imposer le silence à l’incurable insurrection qui sévit au PQ, et surtout à redonner vie et chance de réussite à la lutte pour l’indépendance. Cette tempête dans un verre d’eau se résorbe et finit en queue de poisson. Duceppe n’a rien commis d’illégal, tout juste aurait-il tordu un peu l’éthique, ce concept étant élastique, selon que l’on est du pouvoir fédéral ou contre celui-ci.

Cette affaire a, de toute évidence, servi de paravent au fameux « débat » entre le Canada et le Québec dont on ne peut sortir, quoi que M.Legault feigne d’en penser. Cette question est omniprésente, que ce soit sous une forme déclarée ou latente. Si elle cessait de se poser, c’est que les Québécois auraient disparu de l’histoire.

Les analystes ont souvent souligné que, en dépit de tous les progrès survenus au Québec, depuis la Révolution tranquille, les Québécois réagissaient toujours aux événements selon une mentalité de colonisés. Il importe de définir le sens de ce constat que l’on émet souvent sans préciser de quoi il s’agit. Le colonialisme propre au Québec résulte d’une intériorisation de la Conquête de 1760. Les Québécois se voient et se jugent du point de vue de leur Conquérant de jadis et de ses ayants droit actuels devant qui ils s’agenouillent à l’identique.

Ainsi on a vu chez plusieurs une jubilation à peine déguisée, dans les médias un silence gêné ou complice, des réticences attentistes, le soin d’écarter les analyses trop éclairantes, et chez le principal intéressé une promptitude suspecte à se soumettre à la volonté d’Ottawa. Un Québécois parfaitement décolonisé n’aurait rien vu de coupable au fait d’utiliser tous les moyens possibles pour servir la cause du Québec.

Hubert Larocque, Gatineau