HOMMAGE À GABRIEL NADEAU-DUBOIS

Gabriel Nadeau-HudonS’il  est quelque chose que le Québec ignore et dont il se méfie au plus haut point, c’est bien la grandeur.  La démocratie n’en a que faire, elle qui exige cette soumission basse et constante aux mouvements de l’opinion et qui rapetisse si bien tous ceux qui la touchent de près ou de loin.  Rien n’a rendu si perplexe cette opinion que l’étrange conduite de Gabriel Nadeau-Dubois.  Apparu comme un astre sans génération connue, flamboyant par sa figure d’ange, mais au regard inflexible, incompris de la foule et du pouvoir, il se dérobe à la contingence et emporte avec lui son principe tout entier avant  que la réalité ne l’entame et le corrompe.  On a beau dire que la politique est l’art du possible, toujours au-dessus d’elle rayonnera  l’attrait de l’impossible qui venge  cette limite de la condition humaine, comme si Gabriel Nadeau-Hudonl’homme n’avait pas les moyens de sa vocation. Gabriel a incarné un bref moment cette contradiction parmi nous et, sans avoir occupé le sommet du pouvoir, il s’est élevé  à ce niveau par la seule puissance de sa personnalité.  S’il fallait chercher dans l’histoire une parenté à Gabriel Nadeau-Dubois, il faudrait remonter à la Révolution française. Au matin de sa chute, Saint-Just, dans un éclair fulgurant, vit que sa parole géniale ne serait jamais comprise. Saint-Just s’enferma alors dans un silence hautain et se laissa conduire à l’échafaud sans s’abaisser   à une seule explication, sans aucune requête d’indulgence, sans le frémissement d’un seul regret. Signe des temps, Gabriel n’écrivit qu’une seule lettre et n’accorda qu’une seule entrevue.  Néanmoins, ce fut assez pour  cette âme d’acier révélât un cœur blessé, une indignation  contenue et, dans son rêve, la vengeance d’une société déjà  toute armée. Par Gabriel Nadeau-Dubois, nous avons entrevu, un bref printemps, la force de l’idéal et touché à un ordre de grandeur,  inconnu jusqu’alors, et qui s’éloigne de nous pour fort longtemps. « Je méprise cette poussière qui me compose et qui vous parle! Mais je défie qu’on m’arrache cette vie indépendante que je me suis donnée dans les siècles et dans les cieux ». (Antoine de Saint-Just)

Hubert Larocque, Gatineau