ENSEIGNEMENT INTENSIF DE L’ANGLAIS

Madame Line Beauchamp
Ministre de l’Éducation,
Gouvernement du Québec
line.beauchamp@mels.gouv.qc.ca

Madame la Ministre,

J’ai appris avec stupeur la décision de votre gouvernement d’imposer aux élèves de l’école primaire l’enseignement intensif de l’anglais.

«Stupéfaction», parce que l’enseignement du français accuse des failles importantes qui n’ont pas encore été corrigées.

Depuis huit ans, je supervise les devoirs et leçons de deux neveux d’ascendance libano-égyptienne et j’ai pu constater avec horreur non seulement la piètre qualité des textes que l’on soumet aux élèves de la première à la huitième année, mais également la pauvreté des supports choisis pour inspirer l’amour de cette langue. Ainsi fait-on souvent appel à des textes originalement écrits en anglais, reproduits dans une piètre traduction,  au lieu de puiser à même le répertoire très riche de la littérature française.

Je profite de la circonstance pour vous signaler également la piètre qualité de l’enseignement de l’histoire. Il y a une trentaine d’années, dans un petit café de la rue St-Denis, Gaston Miron m’informait de son étonnement de découvrir que sa fille de 13 ans ignorait qui était Jacques Cartier! Je puis vous affirmer que la situation ne s’est guère améliorée depuis, si j’en juge par les documents dont disposaient mes neveux…

À vrai dire ce n’est certainement pas l’étude de l’anglais qui mérite un tel coup de pouce…..Nos jeunes sont gavés quotidiennement de chansonnettes américaines depuis des décennies dont ils entonnent les refrains animés par des vedettes anglophones même au cours de célébrations nationales québécoises.

Non ce n’est pas l’étude de l’anglais qui mérite un tel coup de pouce, mais bien tout l’enseignement du primaire qui nécessite une restructuration en profondeur. Les élèves d’aujourd’hui sont nourris au communautarisme des devoirs, chacun chargé de la mission de lire un ou deux chapitres d’une œuvre qu’il aura mal assimilée, comme si l’enseignement devait être une entreprise de papier/coller même à notre époque électronique. 

Non madame la Ministre, les petits québécois/québécoises méritent davantage que ce saupoudrage intellectuel qu’ils reçoivent en partage depuis trop longtemps. Et si je puis insister, c’est bien la langue française qui requiert davantage un enseignement intensif et non la langue de Shakespeare.

Veuillez agréer, madame Beauchamp, l’assurance de ma considération distinguée.

Benoît Bélanger
Montréal