LES VINS GEORGES DUBOEUF ET L’ABANDON DE LA LANGUE FRANÇAISE

Québec, le 11 août 2011
Les Vins GEORGES DUBOEUF
71570  Romanèche-Thorins
France

Objet : L’abandon de la langue française

Madame, Monsieur,

Un restaurateur de Québec à qui j’ai reproché sa publicité bâtie à partir de mots anglais, m’a expliqué pourquoi il en était ainsi. Il emploie le vocabulaire utilisé par votre entreprise qui a adopté comme marque de commerce les mots Fun et Ice Bag en plus de recourir à drink. Bref, ce restaurateur s’adresse en anglais à nous, Québécois, parce que des Français, qui veulent faire moderne, renoncent à employer, dans leur publicité, des mots français. Ces derniers sont vus comme le reflet d’une langue ringarde et préfèrent adopter aveuglement des vocables anglo-américains auréolés d’un effet magique.

Bien plus, selon ce restaurateur, vous auriez reçu des prix au Salon d’agriculture de Paris pour avoir choisi ces mots anglais. Je veux croire que ce choix ne venait pas de vous à l’origine, mais plutôt de vos publicitaires, probablement « Parisians » entichés de l’anglais, et qui savaient qu’ils s’adressaient à des juges du même acabit qu’eux.

Un tel comportement de la part d’une maison comme la vôtre m’agace et me scandalise même. Le peuple québécois, après avoir résisté à l’anglicisation malgré la pression des Anglais depuis plus de 250 ans, voit maintenant sa langue agressée et abandonnée chez eux par des Français qui ne voient plus d’avenir  en elle et qui nous invitent à faire comme eux.

Je connais vos vins et votre beau coin de pays que j’ai déjà visité. Je crains de trouver à l’avenir votre vin amer si j’ai le malheur de penser, en le buvant, à votre comportement à l’endroit de notre langue. Si les fondateurs de votre société voyaient cela et s’ils pouvaient parler, je pense qu’ils ne vous féliciteraient pas. Au risque de me répéter, votre comportement me déçoit. C’est tout dire. Je vous invite à revoir votre décision, à continuer d’employer les ressources de la langue française pour bâtir votre publicité destinée aux francophones et à ne pas suivre les conseils de publicitaires à quatre pattes devant l’anglais.

Je tiens à vous dire que ma réaction n’est pas unique ici et que plusieurs de mes compatriotes ont eu une réaction semblable à la mienne lorsque je leur ai appris votre comportement linguistique.

Veuillez croire, Madame, Monsieur, à mes sentiments distingués.

Un amant du Beaujolais,

Robert AUCLAIR

RA/lf