LOI SUR LES MESURES DE GUERRE

La Loi sur les mesures de guerre : une bavure antidémocratique indélébile

Dans un livre qui  vient d’être traduit en français, William Tetley, ministre des Institutions financières dans le cabinet Bourassa, soutient que la demande du premier ministre québécois, poussé par le maire Drapeau, faite au premier ministre Trudeau de promulguer la Loi sur les mesures de guerre pendant la Crise d’octobre n’a pas été faite de façon précipitée. Selon lui, elle était justifiée parce que le Québec se trouvait alors «en état d’insurrection appréhendée».

Cette affirmation étonnante survient 40 ans après que quelque 500 citoyens et citoyennes aient été emprisonnés arbitrairement et se soient vus privés de tous leurs droits civiques pendant plusieurs jours voire des semaines et même des mois sans qu’aucune accusation ne soit portée contre eux. Faisant fi de la réprobation qu’a suscitée cette mesure répressive à l’échelle internationale et ignorant le jugement de l’Histoire, M. Tetley pousse l’aberration jusqu’à traiter de «révisionnistes» ceux qui ne partagent pas son point de vue.

En réalité, le triumvirat Trudeau-Bourassa-Drapeau  a tellement paniqué un moment donné que la rumeur a circulé que le directeur du Devoir et futur chef libéral, Claude Ryan, pourrait prendre la tête d’un gouvernement provisoire qui aurait chassé celui de Bourassa. Cet épouvantail d’un complot appréhendé était tellement ridicule que la rumeur a vite fait long feu.

J’ai été moi-même, en  1970, un modeste acteur de la Crise d’octobre en tant que président et candidat du seul parti d’opposition au régime Drapeau, le Front d’action politique (FRAP) nommé en l’honneur de la coalition qui avait permis à Allende de prendre le pouvoir au Chili. L’enlèvement du diplomate Cross est survenu au début de la campagne électorale municipale quelques jours après qu’un sondage du quotidien Montreal Star eut accordé 35% des intentions de votes à notre parti; ce qui aurait signifié l’élection de 15 à 20  conseillers/ formant une solide opposition à l’hôtel de ville.

Deux de nos candidats ont été emprisonnés en vertu de la Loi sur les mesures de guerre et relâchés seulement quelques heures avant le vote.

Il ne s’est pas passé une  journée durant la campagne sans que nos adversaires, Drapeau en tête, n’accusent notre parti d’être le «bras électoral du FLQ». Pourtant notre position, définie dès le début de la crise était claire : Nous appuyions les revendications sociales du FLQ, mais nous nous dissocions de la violence qu’il utilisait.

Le soir de l’élection, Drapeau a obtenu ce qu’il voulait. Le FRAP n’a fait élire aucun candidat même s’il a obtenu 18% du vote en moyenne dans les districts où il a présenté des candidats. Ainsi, le potentat montréalais a pu continuer à régner sans avoir à rendre compte de ses gestes. Il a pu aussi, comme l’a démontré plus tard l’épisode de la construction du stade olympique qui s’annonçait d’ores et déjà comme un gouffre sans fond. continuer à obtenir ce qu’il désirait d’un Robert Bourassa faiblard.

Paul Cliche, président du Front d’action politique (FRAP) et candidat dans Rosemont en 1970
Montréal, 22 septembre 2010