LA RELIGION ET LES TRIBUNAUX

On a noté entre le politique et le juridique une contrariété fondamentale. Ce n’est évidemment pas dans la nature de ces deux concepts mais une particularité du Québec que l’histoire rejoint ainsi dans sa composante coloniale. La problématique du français et celle de la religion y sont affectées des mêmes embûches, des mêmes contraintes. Le Gouvernement du Québec peut bien prendre des décisions, ce sont les cours fédérales qui sont les vrais législateurs du Québec.

Il importe de bien distinguer deux faits : le statut de la religion au Québec et le fonctionnement constitutionnel. Nul doute que le Gouvernement du Québec se soit fourvoyé dans cette galère. Une minorité d’intellos s’est emparée des décisions et a décrété une laïcité foncièrement hostile à la tradition catholique du Québec. C’était rompre avec la continuité nationale. Les conséquences ne se sont pas fait attendre sous la forme d’un imbroglio multiculturel. Les Québécois, fragilisés dans leur identité historique, devinrent du coup une minorité parmi d’autres selon les vues du multiculturalisme canadien. La masse des Québécois rejetaient le cléricalisme mais non la religion fondatrice, fait historique, culturel et structurant pour tous, objet de foi pour les autres. Une lutte interne est donc tout à fait légitime pour forcer l’État à respecter la tradition et la majorité plus ou moins silencieuse. Le premier acte de cette lutte est de
« mettre au cabinet » le cours d’éthique afin de réaffirmer l’identité du Québec et de l’enseigner aux immigrants avec clarté.

On voit la limite des commentaires qui remplissent les médias. À peu près personne ne voit qu’à travers le jugement de la Cour supérieure, ce sont les valeurs et la volonté du Canada anglais qui s’imposent au Québec et met en échec notre gouvernement. Se ranger au jugement de la Cour supérieure, c’est accepter que, dans un secteur essentiel, nous soyons subordonnés au pouvoir des autres. Nous voulons bien que le Canada suivent sa voie, qu’il constitutionnalise et « chartise « dans sa direction, – mais des intellectuels dignes de ce nom, lucides et libres, doivent d’abord le voir et ensuite refuser que cet ordre s’impose au Québec. Cette schizophrénie du politique et du juridique québécois appartient à un héritage colonial, toujours vivant et actif, dans les faits et dans les esprits. Porter en appel le jugement sur Loyola s’inscrit dans ce contexte. Outre qu’il s’agit d’une misérable fuite en avant, l’avis de la Cour suprême ne fait pas de doute. Le Gouvernement du Québec, pour s’être empêtré dans une laïcité douteuse et inutile, le catholicisme s’étant réduit de lui-même, en sortira encore plus banalisé, plus soumis et exsangue de ses « pouvoirs ». Il faut combattre le Gouvernement du Québec en dedans et le défendre sans faille au dehors.

Hubert Larocque, Gatineau.