IDENTITÉ QUÉBÉCOISE

Comment définir une identité québécoise?

Socrate, cette noble figure, a prêté flanc à la critique une seule fois. Dans sa recherche de définitions claires, bases de discussion et de savoir, il proposa un jour, par ironie ou erreur, cette définition de l’homme : « Un bipède sans plumes ». Un philosophe rival, Diogène, qui cherchait le défaut de la cuirasse l’entendit et, à quelque temps de là, jeta dans le cercle des disciples de Socrate un coq déplumé : « Voilà l’homme de Socrate! »

On définit maintenant, avec une étrange unanimité, l’identité québécoise par trois caractéristiques : l’usage de la langue française, l’égalité d’au moins deux sexes et la laïcité. Il s’agit de trois faits dont un seul, l’usage du français, a un ancrage et une réalité identitaires. Après 1960, la Révolution tranquille congédie le lien à la France et la religion
nationale. Une fois dépassé le premier défoulement iconoclaste, on se retrouve face au vide, et on reconstruit à la hâte une identité qui tourne vite au dogme.

La langue française ne suffit pas à cerner l’identité du Québec puisqu’on peut la parler ailleurs sans être Québécois. Ce qui est identitaire, c’est de parler français comme signe de notre histoire et volonté d’y persévérer. Il y a partout des hommes et des femmes. Leur égalité est une question sociale au sens large, nullement identitaire. Quant à la laïcité, elle est un combat sans ennemi, mené par des intellectuels des années 60, contre une Église qui, au même moment, renonçait d’elle-même au cléricalisme. Peut-on exclure le catholicisme de l’identité québécoise alors que nous lui devons en grande partie notre fondation, notre survie, nos valeurs et pendant longtemps notre insertion dans l’histoire universelle?

Oui, le bipède de Socrate peut encore nous éclairer sur nous-mêmes et nous apprendre à distinguer notre identité de diverses problématiques d’ordres très différents.

Hubert Larocque
Gatineau