Mgr MARC OUELLET, CARDINAL, ARCHEVÊQUE DE QUÉBEC

Gatineau, le 20 mars 2009, révision le 02 septembre 2009

Mgr Marc Ouellet, Cardinal, archevêque de Québec

Québec

Monseigneur,

Vous avez probablement visionné la série d’émissions passées certains lundis d’il y a plus d’un mois sur Télé-Québec concernant les actes posées dans le passé par l’Église catholique québécoise contre la nation québécoise.

Je croyais être bien informé sur l’attitude de l’Église dans les années 1800; fidèles à notre devise ‘Je ne me souviens plus’, j’en avais oublié des bouts ou j’ignorais l’importance de certains évènements, dont la force de l’Église irlandaise au Québec et l’écrasement de notre église devant l’adversaire.

Mgr Ouellet, Mgr Lartigue, en nous trahissant et,… geste suprême, en excommuniant quelques centaines de citoyens québécois, a protégé ses intérêts, ses privilèges. Au lieu de prendre le flambeau pour mener les Canadiens-Français à la libération de l’élément britannique au Québec, il a opté pour le respect d’autorités ignominieuses. Mgr Bourget a complété son œuvre. Le peuple canadien-français était tellement ignorant et soumis qu’il a préféré donné son dos pelé au loup ravageur. Mgrs Lartigue et Bourget en étaient de ces moutons soumis sans vergogne à l’envahisseur. Il y en a encore beaucoup de ces rejetons qui se promènent entre le Québec et Rome pour essayer de protéger ce qui peut rester. Mais, je crois qu’il est trop tard, Mgr Ouellet; les sectes religieuses, commencées à se propager entre 1968 et 1981 à partir des États-Unis, occupent de plus en plus le terrain en se préoccupant des humains enrôlés ou qu’elles tentent d’enrôler. Nos autorités ecclésiastiques ont sonné le glas de la disparition de l’Église catholique québécoise. En langage québécois, on dit qu’elles se sont tirées dans le pied. L’église catholique au Québec serait donc définitivement en phase terminale; c’est dommage de le constater mais, comme dans toute civilisation, certains groupes finissent par disparaître au profit de nouveaux jusqu’à ce que ces derniers multiplient les bavures au point de ne plus avoir d’adeptes. L’Église catholique québécoise en est là. Ce qui la remplacera sera peut-être plus humain, plus près des gens.

Je voudrais revenir à une certaine attitude du peuple canadien-français suite aux actions posées par Mgr Lartigue, soit celle des jurons et blasphèmes. Au cours de l’histoire, il y eut bien des jurons en France, en Italie, en Irlande, mais, il y eu une forte recrudescence au Québec à partir de 1838. Le peuple brisé, impuissant, sans appui de son église, ne pouvait que proférer des paroles obscènes, que maudire les ecclésiastiques et les objets se rattachant à cette église, à leur déchéance. La réputation des Québécois sacreurs dépasse notre frontière : au Mexique, on nous appelle les  » Tabernacos « . Cette fâcheuse réputation repousse même certains immigrants. Même, lorsque j’ai habité quelques mois dans un presbytère de Montréal, un vieux prêtre a lâché trois beaux jurons dignes de nos bûcherons d’antan.

Parlons un peu de l’Église irlandaise issue de ces Irlandais affamés que nous avons reçus les bras grands ouverts. Si l’Église québécoise avait montré qu’elle devait protéger les Canadiens-Français envers et contre tous, il est fort probable qu’elle aurait réussi à intégrer ces immigrants qui nous ont affaiblis. Si nos représentants s’étaient rendus à Rome et avaient annoncé un schisme potentiel si l’église irlandaise ne s’intégrait pas à la nôtre, peut-être que l’attitude du Vatican aurait été différente. On respecte les forts! Mais, notre peuple est un peuple de mous, qui se pense plus intelligent en s’agenouillant devant le conquérant, en parlant le plus possible la langue de ce dernier et en le croyant de bonne foi, alors que notre assimilation du Pacifique à l’Atlantique se réalise sûrement et, de plus en plus rapidement. Il est vrai que ses dirigeants, ses représentants sont du même acabit ou pire. Que dire de notre clergé qui, comme dans le temps de Duplessis où, avant les élections, le ciel était bleu et l’enfer rouge, milite en sourdine si ce n’est pas ouvertement pour les Fédéralistes, aujourd’hui pour les Libéraux pour être plus exact. Il est encore vrai que nous sommes un peuple d’abusés et de soumis.

Un autre sujet me touche et, là, j’attaque l’Église de Rome. Rappelez-vous de Jean XXIII et de sa liturgie de la Libération. L’Église prenait un tournant humain dans son histoire; en Amérique Latine, les prêtres s’étaient sentis valorisés dans leur sacerdoce et commençaient à s’approcher du peuple. Imaginez-vous : les prêtres allaient aider le pauvre monde sur le terrain au lieu de se cacher dans leur presbytère. Paul VI est arrivé et a tout chamboulé; il a retourné dans leur cachette les prêtres qui croient être utiles à la population. L’Église est donc revenue à la case de départ. Résultat: démission de plusieurs prêtres au Brésil et ailleurs. Dans l’esprit du peuple, l’ère des prêtres aristocrates est de plus en plus périmée. Ce n’est pas mieux ailleurs qu’ici; au Mexique par exemple, les gens fréquentent de moins en moins les églises mais deviennent adeptes de sectes protestantes.

En parlant du Brésil qui aime faire parler de ses dirigeants ecclésiastiques, vous avez sûrement entendu la dernière : une enfant de 9 ans mise enceinte par son beau-père, avortée, excommuniée avec sa mère et tout le personnel médical qui l’a assistée. Aucune action contre le beau-père n’a été prise car il n’a pas tué, lui. Selon le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la congrégation pour les évêques au Vatican,  » Le viol est moins grave que l’avortement « . (sic) Même si c’est une enfant de 9 ans qui en est la victime! Qu’en pensez-vous? Vous êtes-vous prononcé? Ëtes-vous d’accord avec cette façon rétrograde de considérer ce genre d’atrocité dont a été victime cette enfant? Mais, cela fait l’affaire du Vatican lorsqu’on souligne là-bas que ce qui a contribué le plus à l’émancipation de la femme fut la machine à laver. Et vous? Qu’a-t-on dit de l’émancipation des femmes? De leur droit de vote? Il est vrai qu’elles n’ont une âme que depuis peu! On ne dit rien du viol par des rebelles des femmes au Congo ou ailleurs, du droit à l’avortement surtout dans de telles circonstances. Voir Brésil.

Maintenant, qu’en est-il de votre attitude envers le désir d’indépendance du peuple québécois? Vous sentez-vous solidaire de son désir de libération ou trouvez-vous son attitude rétrograde? Pourtant, de nombreux pays ont acquis jusqu’à récemment leur indépendance? Je n’ai rien entendu de favorable de votre part, ni de celle de Mgr Turcotte ou d’autres ‘grands’ prélats de notre Église . L’attitude à la Lartigue et Bourget conduit à la guerre passive des citoyens québécois, même ceux qui ne se disent pas indépendantistes. C’est pourquoi nos églises sont désertes, sont brûlées ou vendues parfois à des sectes religieuses. Votre sacerdoce n’est pas d’aller faire de la représentation publique, d’aller vous pavaner à Rome avec les évêques et archevêques du Québec, ni de venir ensuite vanter les mérites du Pape Benoît XVI mais de protéger l’âme de notre peuple en vous impliquant ici avec nous. Que peut produire un peuple couché? C’était cela aussi la Liturgie de la Libération. L’Église, malgré toutes ses bévues contre notre peuple, aurait pu changer catégoriquement la donne en 1980 ou 1995, et le Québec serait un pays depuis au moins 13 ans.

Que dire du pape qui se promène en Afrique et continue d’interdire la capote, le condom? Il ne sait sûrement pas ce dont il parle.  » Bienheureux les …… car le Royaume des Cieux est à eux!  » Ce n’est sûrement pas Jésus-Christ qui a inventé cette strophe! L’Église a protégé ses dérives. Le pape ne sait-il pas que les 2/3 des malades du sida vivent au sud de la bande sub-saharienne? Dans quel monde vit-il? Espère-t-il la destruction plus accélérée des Africains? Qu’en pensez-vous, vous Monseigneur Ouellet?

Mgr Ouellet, cette lettre se promènera à travers le Québec et j’espère qu’elle vous fera réfléchir ainsi que tous les archevêques, les évêques et les curés. Votre rôle est primordial et nous comptons sur vous pour l’exercer dans tout ce qu’il a de plus positif pour l’Église et pour nous Québécois. Mais, peut-on redresser un arbre qui a poussé tout croche pendant si longtemps? Et je crains que c’est le cas de notre Église catholique avec son pape, Benoît XVI, et ses collaborateurs, nos cardinaux, archevêques et évêques.

Je vous ai écrit en mars et je vous ai dit que je n’attendais pas de réponse de votre part mais j’aurais bien aimé en recevoir une. Je vous affirme que je ne suis pas une brebis égarée car, en mon cœur, je me sens libre mais combien j’en veux à cette église qui a tellement gardé mon peuple dans l’humiliation. Vous personnellement, vous continuez à appliquer l’arrogance si caractéristique de mes souvenirs.

Je me dois maintenant de publiciser cette lettre; je ne peux plus attendre.

Avec tout mon respect ‘diplomatique’ mais combien ma déception,

Georges-Henri Huard, M.Sc., B.Sc.A

Consultant international

Deux-Montagnes, Québec J7R 6Z2

N.B. Cette lettre a été remaniée pour la faire parvenir à certains médias en date du 10-09-2009 mais commence à être publicisée aujourd’hui à l’aide des courriels.