LES PLAINES D’ABRAHAM

Les plaines d’Abraham, une victoire électronique…

On a voulu faire un gros party touristique à Québec en banalisant le sens de la défaite des Plaines d’Abraham et ses conséquences qui perdurent pour les Québécois. L’histoire a été revisitée et on a oublié allègrement le sang, les morts, les viols, les villages incendiés, les fermes et les champs détruits, le massacre des civils et la famine.

Il y a eu, heureusement, au Québec, une importante mobilisation de nombreuses personnes de tous les milieux et de tous les partis québécois contre ce projet insensé, sauf l’Action démocratique qui continue de mériter le faible appui que les Québécois lui accordent. Le premier ministre du Québec et même quelques élus conservateurs avaient annoncé qu’ils seraient absents mais on a continué d’affirmer que l’évènement aurait lieu.

Cependant, devant l’évidence, et après une attente inutile, on a annoncé l’abandon de la reconstitution de la défaite des Plaintes sans avoir le courage et l’honneur d’admettre une erreur qui a soulevé les passions. On a préféré parler d’un risque de violence, violence verbale qu’ils ont eux-mêmes provoquée. Le sens de l’honneur devrait amener quelques personnes à démissionner.

Dans une approche dite non partisane, mais dont les objectifs politiques très évidents étaient appuyés par d’importantes commandites fédérales, la Commission fédérale des champs de bataille, avait annoncé une programmation festive et mercantile où bal masqué, fanfares, croisières, spectacle Wolfe-Montcalm et feux d’artifices entouraient une reconstitution bouffonne. Sur les affiches, qui donnaient le ton, deux généraux d’opérette se donnaient la main joyeusement.

Pendant plusieurs mois le Parti conservateur du Canada a appuyé la Commission fédérale des plaines, son approche mercantile et bêtement provocatrice en manifestant une mauvaise foi évidente et une mauvaise lecture de l’histoire québécoise. Denise Bombardier considérait, dans le Devoir du 31 janvier, que « Ces messieurs devraient savoir que les plaines d’Abraham…demeurent un lieu d’humiliation pour une majorité de Québécois » et elle ajoutait « Ce n’est pas avoir l’esprit revanchard que de refuser cette mise en scène proposée par les messieurs de la Commission des champs de bataille. C’est prendre une revanche sur la défaite que d’avoir la
dignité de refuser de la transformer en show touristique ». Bernard Descôteaux du Devoir, qui n’a rien d’un excité, écrivait ceci le 2 février dernier :

« Pour les Québécois francophones, elle (la date du 13 septembre 1759) a la même importance que la déportation a eue pour les Acadiens ».

Il était et est toujours important de parler de la victoire de James Wolfe et des Britanniques il y a 250 ans, le 13 septembre 1759 à 10h, car ce fut le début de la fin de la Nouvelle-France. Défaite majeure de Louis-Joseph de
Montcalm, des Français et de ceux qu’on nommait alors les Canadiens, la bataille des plaines est plus qu’un puissant symbole car elle a marqué l’identité québécoise et modifié la situation économique, culturelle, linguistique et politique de ceux qui allaient devenir les Canadiens-français et les Québécois.

Après cette victoire anglaise, suivront en 1763 le traité de Paris où le Canada et l’Acadie passèrent à l’Angleterre, en 1837-38, l’écrasement des Patriotes, le rapport Durham en 1839, la Loi de l’Union en 1840, la Confédération sans consultation en 1867, la pendaison de Louis Riel en 1885, l’interdiction des écoles françaises en Ontario et le coup de force de 1982 qui a imposé une constitution au Québec. Cette constitution n’a pas été ratifiée par la population du Québec ou par l’Assemblée nationale.

Le Québec est une société moderne qui a de plus en plus confiance en elle et en son avenir. Les débats récents nous soulignent cependant l’importance de la mémoire car la lutte se poursuit pour la reconnaissance de nos droits et l’obtention d’un statut adéquat et de pouvoirs qui lui permettront de mieux maîtriser son développement. Le voisin et ses collaborateurs n’ont pas à définir le sens de notre histoire. Pour le moment qu’on remette aux Québécois la propriété des Plaines et sa gestion et nous déciderons par nous-mêmes comment occuper cet espace. Ce serait une excellente occasion de souligner le 250e de la défaite des Plaines et surtout la victoire des
internautes de 2009 sur la magouille des « ratoureux », des « soldats d’opérette » et des spécialistes toujours actifs de la propagande et de la commandite fédérale.

Cet évènement permet de nous rappeler que, comme province, il nous manque plusieurs pouvoirs et que plusieurs parties de notre territoire ne nous appartiennent pas. Faudrait peut-être reconstituer la scène du balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal de 1967, crier avec un autre général français le célèbre : « Vive le Québec libre » et, cette fois, voter en conséquence.

Denis Carrier
Gatineau