MADAME ST-PIERRE NOUS PROPOSE LE QUÉMANDAGE LINGUISTIQUE

En tant que francophone originaire du « reste du Canada » ayant déménagé au Québec afin de pouvoir enfin vivre en français, je me retrouve pantois devant les affirmations récentes de notre ministre de la Culture et des Communications, Christine Saint-Pierre, au sujet de la langue de service dans les commerces.

Comme plusieurs de nos concitoyens montréalais, j’avais moi aussi constaté récemment une augmentation notable dans le nombre de lieux de commerces, ici à Gatineau, en Outaouais, où les gens ne peuvent pas être servis en français.

Étant donné mes origines, imaginez donc ma consternation lorsque j’ai entendu la ministre Saint-Pierre dire que les francophones du Québec n’avaient qu’à exiger de se faire servir dans leur langue, et que la situation n’était nullement problématique à ses yeux! Ai-je déménagé au Québec, seul État à majorité francophone de mon coin de planète, pour y verser des impôts assez faramineux merci, pour rien? Si, à moyen ou à long terme, on est pour me répondre « I don’t speak French » la plupart du temps lorsque je voudrai me procurer quoi que ce soit, j’aurais peut-être mieux de fait de rester chez moi. Ma province a tout de même le mérite de ne pas se vanter d’être un haut lieu de la francophonie, ce que le Québec fait allègrement à qui veut bien l’entendre.

Moi qui pensais avoir laissé ces guéguerres et ce quémandage linguistique derrière moi, voilà que la ministre Saint-Pierre insinue maintenant que tout sera peut-être à recommencer bientôt, du moins si je tiens à avoir du français dans mon quotidien.

Et que dire des mes concitoyens québécois francophones, qui se sont fait traiter de tous les noms au cours des 30 dernières années, alors que la loi 101 était qualifiée de mesure fasciste, voire nazie, et que le Québec s’est fait traîner devant les instances internationales comme si c’était une horrible dictature sanguinaire. Le Québec aurait subi tout ça… pour en arriver là en 2008?

J’ai été aussi surpris d’entendre de la bouche de commerçants québécois les mêmes arguments que jadis on me balançait dans mon milieu minoritaire : « on n’a jamais de plaintes au sujet du service en français! » Pourtant, j’ai longtemps travaillé dans des commerces dans mon patelin francophone minoritaire et les clients francophones étaient assez nombreux à exiger de se faire servir dans leur langue et à se plaindre quand ce n’était pas le cas. Comme à Montréal en 2008, semble-t-il, on en faisait très peu de cas et, lorsque la question était soulevée, on prétendait qu’on ne recevait jamais de plaintes en ce sens!

En déménageant au Québec, je me disais que le problème, c’était sûrement ma province d’origine. Aujourd’hui, au bout d’une réflexion qui aurait été impensable pour moi il y a quelques années à peine, je commence sérieusement à me demander si ce n’est pas plutôt mon pays qui est en cause.

Marc Laforest
Gatineau