LOI 101 : « TOUT VA TRÈS BIEN, MADAME LA MARQUISE »

On est fédéraliste, à divers degrés, dans la mesure où l’on a cessé d’être Québécois. La réalité, c’est que la langue française est secondaire, ou plutôt, elle est le signe le plus significatif de notre identité nationale. Qu’un Chinois ou un Haïtien parlent le français n’en font pas pour autant des Québécois. Ce qui fait l’identité québécoise, c’est le rattachement à la fondation française du XVII siècle, que les Fêtes de Québec devraient nous rappeler avec clarté. Le noyau et la substance de cette identité résident dans la population québécoise de souche qui, par consanguinité, par adhésion culturelle et spirituelle, profondément consentie et réinterprétée, définissent l’identité et le caractère spécifique de l’être au monde du Québec. Aucun immigrant ne peut prétendre au nom de Québécois s’il ne comprend pas cela, et s’il n’accepte pas d’éteindre ses origines en s’assimilant aux Québécois de souche. Le rôle d’un véritable Gouvernement du Québec consisterait à s’affranchir de la condition coloniale créée par la Conquête de 1760, qui est passée intégralement dans la Constitution canadienne, et à imposer à une immigration numériquement raisonnable, des politiques visant à réaliser sa fusion à la population originelle.

Venons-en au fait de la langue. Tout citoyen informé sait que le français est en déclin à Montréal, et que cela annonce le déclin du français sur l’ensemble du territoire québécois. Tous les chiffres, tous les indicateurs l’indiquent, le confirment. Ce citoyen sait également que le bilinguisme fédéral est un écran de fumée qui détourne l’attention de l’absence réelle du français au Canada et de l’affaiblissement progressif du français au Québec. De l’anglais partout au Québec, des panneaux bilingues dans les Rocheuses, voilà le condensé de la politique d’Ottawa.

Comment un bon fédéraliste s’y prend-il pour continuer à rêver bilingue et français? On en trouve une parfaite illustration dans le journal La Presse. D’abord, il refusera toutes les données allant à l’encontre de sa foi fédérale, il scrutera les chiffres, les retournera de façon à fausser l’image de la réalité. Il se moquera de toutes les mises en garde adverses en les traitant d’alarmistes, et enfin il invitera à la vigilance des citoyens, comme seul moyen d’action, pour cacher l’impuissance et l’absence de toute volonté sérieuse de la part du Gouvernement pour freiner le déclin du français. On apprend que la fameuse Loi 101 n’a aucun pouvoir coercitif. La procédure pour dénoncer et obtenir le redressement du mépris du français est longue, complexe et nécessite un effort démesuré pour obtenir une victoire symbolique, une amende insignifiante et aucune sanction réelle et efficace.

Si le Gouvernement du Québec voulait sérieusement le bien du Québec et sa permanence dans l’être français, il n’admettrait sur son territoire en nombre modéré que des immigrants parlant déjà le français, hommes et femmes. Il leur dispenserait des cours de culture étoffés, et contrôlerait leur « intégration » avec exactitude et efficacité. Voudrait-il que l’on parle français dans les commerces, il n’accorderait ses permis d’exploitation qu’après s’être assuré que les demandeurs parlent le français. Y-a-t-il preuve que l’anglais ou une autre langue remplace le français, le permis devrait tout simplement être révoqué, et ce, sur simple constat honnête du fait. Le mépris du français prend sa source dans la Constitution canadienne, dans le statut des Anglais du Québec. Il faudrait le courage de les réexaminer, et répudier les limites et les contraintes qu’ils imposent au français sur le territoire québécois.

On nous dira que de telles mesures sont contraires à la charte des droits, à la Constitution canadienne, aux décisions de tribunaux extérieurs au service d’Ottawa. Un véritable Gouvernement du Québec devrait avoir la conviction et la force de les dénoncer et de passer outre. Bref, c’est par le refus d’une légalité coloniale, clairement identifiée et balisée, que passent le salut de l’identité québécoise et de la langue française qui en est l’expression. La preuve historique en a été faite depuis longtemps. Faute de quoi, le Québec glisse d’année en année vers une ontarification de plus en plus marquée. Le français est pratiquement disparu d’Ottawa, l’Outaouais québécois est envahi par une forte immigration anglaise, fruit de l’odieux article 133 de la Constitution de 1867, et de la non moins néfaste clause Canada de la Constitution de 1982. Le même sort attend le Québec entier.

Hubert Larocque, Gatineau.