LETTRE À LA VIEILLE EUROPE

De la Libération de quoi …?

Lettre ouverte au quotidien parisien Libération
(mais également, somme toute, à la France de manière générale…)

http://www.liberation.fr/services/service_nous/index.FR.php?f=1&id=redacchef

Objet I : « Lettre à la vieille Europe »
www.liberation.fr/culture/livre/304409.FR.php
par Alain Aeschimann, 17 janvier 2008

J’ai cessé de lire Libération il y a de nombreuses années, parce que je n’en pouvais plus de me taper ces textes stéréotypés où chacun doit s’insérer dans des catégories toutes faites (et au surplus rarement utiles ou efficaces). Or je constate à la lecture de cette petite recension facile et d’une paresse intellectuelle désarmante que rien n’a changé : « s’inscrit dans l’antimarxisme dominant / néoconservatisme / l’essai se révèle ambivalent. Ainsi que cela arrive souvent chez les néoconservateurs, l’ennemi de gauche exerce une trouble fascination / un antimarxiste hongrois » / etc.

Je ne lis plus Libé parce qu’on y est depuis longtemps incapable d’y penser autrement que par le biais de pareils clichés et lieux communs. C’est dire que l’on n’y pense pas (ou plus) du tout : on écrit simplement la pub de son propre esprit calcifié, quoique parfaitement satisfait de lui tout de même.

Remarquez… Libé n’a pas pour autant le monopole de la pensée vide. Elle n’est qu’une illustration de plus de celle-ci dans cette France qui ne sait même plus s’exprimer autrement qu’avec un terme anglais, ou un anglicisme, à tous les trois mots. Suffit de jeter un simple coup d’oeil rapide sur n’importe quelle page numérique de votre site… Ça fait vraiment mal à l’âme cette vacuité qui désormais habite tout. Mais vraiment tout.

Aussi M. Aeschimann (que je ne connaissais pas jusqu’à l’instant) n’est pas « pire » que les autres. Que la plupart des autres. Juste tout pareil. C’est-à-dire : interchangeable. Tout mou et sans forme, comme un ectoplasme. Qui peut se confondre avec tout et son contraire. On appelle ça : penser.

Et on est payé en plus pour ce faire…

Note : Pour ce qui regarde Hegel, spécifiquement, je ne saurais trop recommander le livre suivant :
http://livre.fnac.com/a270290/Jean-Luc-Gouin-Hegel-ou-De-la-raison-integrale

* * *

Objet II : Att. de la Rédaction même dudit Libération

Non seulement votre site – on Line ! – est franglais, mais même quand vous tentez (parfois) de vous exprimer en français, vous trouvez la manière de vous exprimer – encore – en anglais.

Par exemple : « Edition digitale (PDF) »

D’abord, « Édition » en français s’écrit avec un accent (en France on semble craindre comme la peste la clarté de la pensée en soustrayant systématiquement les majuscules de leurs signes diacritiques).

Ensuite, le vocable « digital » n’a pas du tout la même signification en français et en anglais. Le ‘english’ digital signifie « numérique » en français. Le « digital » français recèle un tout autre sens.

C’est quand même pathétique de devoir rappeler des choses aussi élémentaires à un quotidien de plus de trente ans d’âge (associé dès l’origine à la plume extraordinaire de Jean-Paul Sartre, comme par surcroît). Et ce au coeur de la francophonie mondiale. Enfin… en principe. Car la France, ce n’est plus hélas ! qu’une banlieue des United States of America.

Y parler et y comprendre la langue de George Bush y est plus utile que de maîtriser la langue de Michel Serres ou de Victor Hugo.

En outre, si on désire y entendre la plus belle chanson du monde (avec la québécoise, bien entendu : de Félix à Léveillée, de Vigneault à Lelièvre et Jacques Michel ou Pauline Julien) – cette extraordinaire chanson française : de Brel à Piaf, de Brassens à Aznavour, de Bécaud à Ferrat, de Françoise à Ferré, sans compter d’extraordinaires
interprètes tels Serge Reggiani, Juliette Gréco ou Yves Montand – il faut se munir de sa propre quincaillerie. Et rester chez soi. Car aussitôt que l’on sort de sa caverne, c’est de l’American Teenager Music. Partout, tout le temps.

À vous transformer le plus pacifique des hommes en terroriste !!!

Comme si les 59 millions de Français étaient tous des boys de Chicago d’une douzaine d’années.

Cette France que j’ai tant aimée n’est plus qu’une agression permanente à l’esprit, à l’intelligence, à la dignité.

Jusque dans les « queues » qu’il faut se taper dans tous les commerces et comptoirs de service possibles. Même pour s’y procurer un malheureux timbre-poste ! On s’croirait en ex Union soviétique. Et quand une file
semble s’estomper, que fait-on ? Eh bien on ferme une caisse supplémentaire ! Et voilà les queues qui rallongent illico. Agression (dite) musicale en prime. On appelle ça un pays moderne, civilisé, efficace. Où il fait bon vivre…

En Amérique, toutes langues et tous pays confondus (de Montréal à San Francisco, de Vancouver à Québec), un établissement qui se comporterait de la sorte ferait faillite en moins de 90 jours. En France, tout le monde trouve ça normal.

Le pays des droits de l’homme est également, il faut bien le dire, celui du mépris souverain de la personne.

J’exagère ?
Un peu. C’est vrai.
Mais si peu.

Car des lettres comme celle-ci, il se pourrait en publier cent la journée sans épuiser le sujet :
http://mathilde.lejdd.fr/2008/03/07/1-azincoart-coart-toajoars-langae-franaise-de-l-anoblissement-l-abolissement-de-soi

Dieu que c’est triste.
Infiniment triste.

En conséquence – Appel public :
Cherche île déserte très loin. Mais pas cher.

Et je signe ce 14 juillet de l’an 2008,

Serge Delarochelle,
un Québécois qui aura aimé la France plus qu’elle ne sera jamais aimée (et respectée !) elle-même. Mais là, vraiment, je n’en peux plus. Il y a des limites à offrir son amour à une femme qui nous éconduit mille fois plutôt qu’une. Or il est radicalement impossible d’aimer qui se méprise lui-même au plus profond de soi. Je fus long à comprendre cette vérité élémentaire de la psychologie – des peuples comme des individus. À se demander, à la fin, si cinquante Jean Moulin et autant de de Gaulle parviendraient, aujourd’hui, à redonner dignité à cette nation
naguère flambeau des plus nobles idéaux de l’humanité.