GATINEAU, VILLE QUÉBÉCOISE OU ONTARIENNE?

Monsieur le Maire,
bureau.marc@gatineau.ca

Je viens de lire le courriel d’Impératif français et si ce que j’ai lu est vrai, je trouve ça aberrant.

De toutes les villes du Québec, c’est ici que depuis des années et des années nous nous battons le plus pour conserver notre langue française et notre identité. Moi, j’ai connu l’époque où on se faisait dire au travail « no talking French in this office ».

J’ai vécu cinq ans à Québec où je ne manquais jamais l’occasion d’expliquer comment c’était ici à Hull et que les gens de Québec étaient bien chanceux eux de n’avoir jamais eu à se battre pour leur langue.

Nous n’avons pas à aller loin de Gatineau aujourd’hui pour voir les injustices, les problèmes d’affichage, le droit de se faire servir en français et j’en passe. Si vous ne me croyez pas, allez dans les magasins d’Aylmer, Fort-Coulonge, Chelsea et j’en passe. Mon frère a possédé un commerce pendant 18 ans jusqu’à l’an passé à Kazabazua. Il a dû défendre farouchement son droit d’être servi en français, même par la municipalité, et ça au risque de perdre des clients, mais il n’a jamais lâché.

Moi, je suis grand-mère, mon petit-fils a dix ans. Je lui ai toujours montré à être fier de son héritage, de sa langue, de son histoire, de lui faire dire les bons mots en français et non les anglicismes qu’il entend à tout bout de champ. Encore aujourd’hui, nous n’avons pas besoin comme je vous disais d’aller bien loin, car je l’emmène jouer aux quilles depuis qu’il a deux ans et à ma grande surprise, la salle de quilles Anik du boulevard Saint-Joseph a de nouveaux écrans ou des bonhommes apparaissent et où tout est écrit en anglais. Moi qui lui ai montré à dire abat et réserve depuis qu’il a deux ans, et maintenant, vu qu’il voit « strike » et « spare », il répète ce qu’il voit, et après tout ce temps, je dois encore le reprendre. C’est une éternelle bataille pour nous les francophones de naissance.

Mais ça commence par vous, ceux que nous avons élus de protéger notre langue, de donner l’exemple, de rappeler que c’est comme ça ici, sans exception ni passe-droit, pas de nous compliquer la vie. Nous vivons, et j’espère que vous le réalisez, au QUÉBEC, pas dans une appendice de l’Ontario.

Pensez à nos ancêtres qui se sont battus pour ne pas disparaître et être engloutis par les Anglais et eux n’avaient pas l’Office québécois de la langue française pour les aider. Que penseraient-ils de vous voir défaire ce qu’ils ont durement travaillé à sauvegarder? Avez-vous oublié votre histoire? Toutes les injustices qui se sont produites depuis la défaite des Plaines d’Abraham. Bel exemple de votre part pour fêter le 400e de la fondation de Québec par des Français. Moi, j’y serai à Québec deux fois cet été, car ce n’est pas ici que l’on ressent cette fierté d’être Québécois de langue française.

Une petite anecdote pour finir. Le nom de mon père est Pierre Collin. Pour avoir un emploi au gouvernement fédéral, il a dû changer son nom pour Pete Collins et un autre que je connais, s’appelait Robert Lefèvre et a dû changer son nom pour Bob Bean. Moi, je porte fièrement le nom de Collin (sans le « s » que tout le monde voudrait ajouter à la fin de mon nom), mais aujourd’hui, les enfants de Robert Lefèvre, alias Bob Bean, portent tous le nom de Bean. Alors perte d’identité française pour toujours dans cette famille. Ceci ne vous rend pas triste?

J’espère que vous reverrez vos programmes et que vous serez plus sévère pour faire comprendre qu’ici à Gatineau, c’est le français qui doit primer. Que vous serez plus vigilant pour l’affichage et l’obligation d’être servi en français. Moi qui ai voté pour vous, ne me décevez pas.

Pauline Collin
Secteur Hull