DEUX LANGUES OFFICIELLES AU QUÉBEC?

Deux langues officielles au Québec : le français et l’anglais

On lit à la une du Devoir du 8 avril — nous aurions sans doute pu le constater depuis longtemps, mais avec moins de précision — que « Québec s’adresse en anglais aux trois quarts des immigrants allophones ». Suit un article de cet excellent journaliste qu’est Robert Dutrisac, où il est dit que les services du gouvernement sont bilingues (à vrai dire, il suffit de téléphoner à n’importe quel ministère, y compris celui de l’Immigration pour s’en rendre compte) et que tout citoyen québécois peut établir, à volonté, ses relations avec l’État en anglais. Être servi en anglais est un droit, semble-t-il, que tout fonctionnaire doit respecter.

Faut-il en rire ou en pleurer? Cette situation existe depuis belle lurette, que ce soit sous le Parti québécois ou sous les libéraux , sans que l’on s’en formalise, du moins publiquement. Pourquoi fallait-il attendre jusqu’à maintenant pour en faire état et mettre le peuple québécois en garde contre cette bilinguisation sournoise qui n’a fait que s’accentuer insidieusement, depuis l’adoption de la Loi 101 en 1977? Fallait-il que les statistiques nous confirment que Montréal s’anglicise à haute vitesse et que le seul souci de nos immigrants est d’apprendre l’anglais pour y gagner leur vie? Fallait-il que nous apprenions que le cégep anglophone, qui échappe à la Loi 101, est de plus en plus fréquenté, de même que l’Université Concordia, et que l’anglais est la langue d’usage dans plus de la moitié des familles montréalaises?

Déjà, au début des années soixante-dix, l’Association québécoise des professeurs de français (A.Q.P.F.) mettait en garde contre le bilinguisme anglais/français, qui ne pouvait mener qu’à l’unilinguisme anglais, dans le contexte nord-américain où nous vivons. Hé bien! nous y sommes, et, sans un coup de barre énergique –mais qui le donnera?—la situation ne fera que s’aggraver jusqu’à notre disparition comme peuple de langue française en Amérique du Nord. Nous avons pu croire, un temps, que seul le français était langue officielle au Québec : il n’en est rien.

Gaston Laurion
Montréal
glaurion@pubnix.net