AVEUGLEMENT LINGUISTIQUE

Objet : Aveuglement linguistique, Journal de Montréal, 4 juin 2008

Monsieur Facal,

Vous avez absolument raison, les anglophones n’ont rien à gagner politiquement, à accorder une attention aux francophones et cela se répercute dans l’ensemble des décisions qui comptent, pas dans l’image que l’on tente de reproduire, en essayant d’avoir des politiciens bilingues, ou encore là, les succès sont limités. Lorsque les décisions s’éloignent des yeux de l’opinion publique, on nomme des unilingues anglophones, comme c’est le cas à la Cour Suprême, bien que les yeux ne soient pas trop loin. Que dire lorsqu’il n’y a plus d’yeux !

Pour avoir un bon apperçu de la réalité de la vie dans la gestion du Canada, il vaut la peine de prendre un peu de recul, afin de voir comment les choses se déroulent dans ce pays. Regardons la gestion quotidienne des opérations fédérales dans la région de l’Outaouais, en tenant compte, que la direction francophone que ce pays a connu des années de french power.

À Gatineau, l’électricité disponible est sans GES et elle se vend à une fraction du prix payé à Ottawa pour l’électricité des centrales au charbon de l’Ontario. Cela n’empêche pas de voir plus de 81% des fonctionnaires travailler à Ottawa. En recherche scientifique, c’est le comble du désintéressement, puisque toute la recherche scientifique fédérale se fait à Ottawa. Le fédéral possède pas moins de 27 laboratoires scientifiques dans cette ville. Où iront se chercher du travail les jeunes que nous formons à grand frais dans nos universités avec une telle politique, monsieur Facal ?

À Gatineau, le bilinguisme atteint 69% de la population.
À Gatineau, le coût des espaces à bureaux est de 20 à 30% moins cher.

Pendant ce temps, l’Ontario se plaint de supporter la péréquation que l’on verse au Québec, plus de 8G$ en 2008.

Si des correctifs devaient être apportés, c’est bien sous le gouvernement Chrétien/Martin, ils ont été 13 ans au pouvoir. Bien au contraire, c’est pendant cette longue période que l’on a fermé la Base militaire de St-Hubert et le Collège militaire de St-Jean-sur-Richelieu au profit d’Ottawa et de Kingston. On disait vouloir faire des économies d’échelle. Avec les paiements de péréquation en augmentation, n’auraient-ils pas dû fermer Ottawa et Kingston au profit de St-Hubert et St-Jean, dans un pays bien administré ?

Si les Québécois avaient eu la même confiance en René Lévesque, en 1980, en votant oui, ils se seraient donnés les mêmes moyens que Lévesque nous a luégé avec Hydro-Québec, une société qui vaut aujourd’hui, plus de 100G$ net. Et dire que Jean Marchand disait que nous n’avions pas les moyens de faire l’indépendance. Nous perdons nos jeunes cerveaux, c’est très grâve, parce que nous contrôlons seulement la moitié de notre argent.

Monsieur Facal, aujourd’hui la preuve est faite, ceux qui sont majoritaires ne nous donnerons jamais les moyens de réussir chez nous, même lorsque les décisions les plus absurdes sont prises comme on le voit sur les rives de la rivière des Outoauais. Pourtant, l’arrivée de l’an 2000 nous annonçait notre entrée dans la société de l’INTELLIGENCE.

André Mainguy
Longueuil