TIRER SA LANGUE À BOUT PORTANT

Point d’ancrage : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/

Radio-Canada, votre site des nouvelles est constamment truffé d’erreurs de langue de toutes sortes : orthographe, accords grammaticaux, construction approximative des textes (phrases qui prêtent à confusion sinon parfois même bancales jusqu’à l’inintelligible), indigence du vocabulaire, etc. On se croirait constamment sur les ondes télévisuelles de vos bulletins d’information de la présente fin de semaine du congé de la Journée nationale des Patriotes (mise à part madame Asselin, toujours professionnelle : car, en effet, eu égard à leur mode d’expression les collaboratrices des dernières heures sur le terrain semblaient sortir tout droit de la Polyvalente…).

Je constate le phénomène depuis de nombreux mois. Mais depuis quelque temps, c’est pour ainsi dire systématique : à chaque consultation de votre site cybernéen, et c’est infaillible, je découvre des horreurs. À croire que ce sont des adolescents de 17 ans (rebonjour la Polyvalente) que vous embauchez à titre de rédacteurs (ou correcteurs !). Mais ne soyons pas trop injustes. Après tout, c’est bien connu : aujourd’hui, plus personne ne sait s’exprimer convenablement au sortir de l’Université ! C’est d’ailleurs sans doute la raison pour laquelle – cherchez l’erreur – notre maître es logique de premier ministre, M. Jean Charest, décida qu’il fallait désormais enseigner l’anglais dès la toute première année du primaire…

Mais revenons à l’objet précis de nos doléances. Si j’ai cessé il y a de nombreux mois, gens de Radio-Canada, de consulter l’un de vos principaux concurrents en la matière – Québécor/Canoë : www.canoe.qc.ca/infos/aujourdhui/ – pour cette raison-là même (hormis certains chroniqueurs qui savent encore écrire : Joseph Facal, Michel Vastel, Lise Payette [actuellement en « vacances » pour des motifs fort honorables…]), c’est vous maintenant, Radio-Canada, que je suis en passe de larguer. Car enfin, c’est tout de même invraisemblable qu’une société publique comme la vôtre, et qui oeuvre à même mes taxes et mes impôts de citoyenne, s’abandonne à une médiocrité pareille concernant ce qui constitue le coeur et l’âme de l’information : la qualité de la langue et la rigueur de l’expression.

Quant à Gesca/Cyberpresse (www.cyberpresse.ca/, www.cyberpresse.ca/section/CPSOLEIL, www.cyberpresse.ca/section/CPPRESSE, etc.), elle se révèle (ou révélait) à cet égard un tantinet moins ridicule. Je dois le reconnaître. Mais comme je ne suis pas (ou plus) très chaude à m’alimenter à un vivier où la propagande politique a depuis belle lurette pris le pas sur l’information (les André Pratte, les Lysiane Gagnon et autres Alain Dubuc sont devenus – c’est là vérité de monsieur de La Palice, comme chacun sait – de véritables caricatures de l’information « québécoise » au service du Canada), je serais bien embêtée de vous dire où en est actuellement, sur ce plan de la qualité de la langue, cette maison de désinformation autrefois honorable et aujourd’hui totalement discréditée.

Demeure la « Canadian Press ». Mais d’après ce que j’en lis depuis leur fenêtre spécifique ouverte sur le site du Devoir (www.ledevoir.com/), il ne s’agit pas non plus, loin s’en faut, d’un lieu supérieur aux aires d’information déjà signalées. Cela dit – ultime rempart contre la pensée unique, la médiocrité (quasi) universelle et l’hypercommercialisation de l’information -, heureusement que Le Devoir reste toujours dans le paysage québécois des nouvelles et de la réflexion sur l’actualité.

Bref. La qualité de la langue française se révèle en constante régression au Québec.

Mais que dire, madame, de son « statut social » ? Et politique.

C’est que pendant ce travail de sape par incurie généralisée, sous l’angle de la qualité (Facultés d’Éducation de nos universités comprises), le bilinguisme tous azimuts, et à toutes les échelles de la société (du plus modeste fonctionnaire de l’État québécois pourtant très officiellement français… avec sa boîte vocale en deux langues, à l’ambiance musicale partout anglo-commercialo-américaine et l’affichage de même eau, et tutti quanti), redonne au Québec de plus en plus son visage puissamment colonisé des années Soixante et/ou d’avant la Charte de la Langue française.

Alors, finale en forme d’interrogation : Face à ce climat – ô terrible oxymore – de la plus parfaite déliquescence, le temps d’un nouveau Refus Global ne serait-il pas venu ?

Mathilde François
MathildeFrancois@sympatico.ca
Québec, 21 mai 2007, Journée nationale québécoise des Patriotes