À QUOI BON LA SOUVERAITÉ CANADIENNE?

Puisque, selon André Pratte, le Québec «a déjà en main tous les outils nécessaires à l’intégration des immigrants» (voir «Multiculturalisme: le nouvel ennemi», en réponse au texte «Si les immigrants savent qu’ils s’en viennent au Québec…», du député du Parti québécois Martin Lemay), je lui propose de convaincre ses amis d’Ottawa d’appliquer le modèle québécois au Canada. Voici comment.

Pour éviter autant que possible que le Canada, trop faible et trop irresponsable pour se gouverner tout seul, n’accueille des indésirables et des terroristes se faisant passer pour des réfugiés, les Américains vont sélectionner la moitié des gens souhaitant s’établir au Canada et vont faire chanter le Star-Spangled Banner à tous les immigrés devant le drapeau américain avant de leur accorder la citoyenneté américaine, ce qui leur donnera automatiquement la citoyenneté canadienne en même temps.

Les Néo-Canadiens auront ainsi premièrement un sentiment d’appartenance envers l’Amérique au sens étatsunien du mot, ce qui sera un merveilleux gage d’harmonie. Ils verront le Canada comme un sympathique État américain parmi d’autres servant principalement de réserve de pétrole, de bois, d’électricité et d’eau douce. Pas de chicane dans la cabane. Tous unis derrière Bush!

Ah oui! j’oubliais. Au début des campagnes électorales au Canada, le gouvernement des États-Unis aura la possibilité d’accélérer la naturalisation des immigrés choisis en bonne partie par lui pour favoriser l’élection d’un gouvernement proaméricain au Canada. On préservera ainsi l’unité américaine, sans laquelle évidemment la terre cesserait de tourner.

À quoi bon la souveraineté canadienne, n’est-ce pas, Monsieur Pratte? Vive le modèle fédéraliste québécois de l’asservissement et de la dépendance!

Bernard Desgagné
Gatineau, Québec
bernarddesgagne@mac.com

P.-S. Ne cherchez pas le texte ci-dessus dans le numéro de demain de La Presse, car il parait que M. Pratte n’aime pas beaucoup la critique.