LES ACCOMMODEMENTS RAISONNABLES

Le respect du caractère particulier du Québec

Comment aborder la question des « accommodements » avec raison et vérité?

Il faudrait ramener un peu de raison dans les questions qui entourent les fameux « accommodements raisonnables » Commençons par le refus de donner dans la dérive partisane, ensuite par le respect de la vérité historique.

Il est faux que M. Mario Dumont ait inventé la question de toutes pièces. Tout politicien honnête aurait pu penser et dire les mêmes choses. Il les a du reste dites avec modération, si l’on considère l’urgence et la virulence du problème. Que l’on soit fédéraliste ou indépendantiste, la vérité est la même et les solutions aussi devraient l’être, à différents degrés, concédons-le. C’est faire fausse route, créer une diversion dangereuse que de ramener l’analyse de la question à de mesquines considérations de partis. Le procès que l’on intente à Madame Marois au sujet de sa déclaration opposant le « nous » et le « eux » relève de la même partialité. Après s’être fourvoyé dans la voie du nationalisme civique absolu, au point de perdre le sens même de sa démarche, le Parti québécois, sans doute un peu contraint par l’évolution sociale et politique, revient au sens de la réalité et à celui des attentes du peuple québécois. Madame Marois, en distinguant un « nous » et un « eux », n’a jamais voulu les dresser l’un contre l’autre, mais bien plutôt jeter un pont entre deux catégories que la Constitution canadienne, et les jugements des tribunaux fédéraux , sont en train d’éloigner irrémédiablement. Ce n’est pas donner dans le racisme que de reconnaître l’existence d’un problème, et, en nommant un chat un chat, d’amorcer un dialogue, une explication nécessaire pour assainir le climat et ouvrir la voie à des décisions politiques et réglementaires propres à rassurer les Québécois d’origine, et à donner aux immigrants des consignes précises et efficaces d’intégration.

Au point de départ, ne faut-il pas rétablir la vérité historique? Il y a peu, on a ferraillé autour d’un programme d’enseignement de l’histoire, élaboré au ministère de l’éducation, qui proposait tout simplement une falsification de l’histoire du Québec au prétexte de faciliter le vivre ensemble des Québécois et des nouveaux arrivants. Cet exemple nous renvoie à une autre déconstruction, politique celle-là, à savoir la Constitution canadienne qui prive le Québec d’importants pouvoirs, et lui impose des obligations qui s’attaquent au cœur même de son identité historique et à la vitalité de la langue française dont la fonction est justement de symboliser et d’exprimer cette identité. Le truquage de notre histoire a évidemment pour fonction de justifier le fédéralisme canadien, chose dont ne s’était pas avisé, du moins à ce degré, avant 1982.

Quelle est donc cette vérité historique? Les Québécois constituent une nation parce qu’ils descendent en ligne directe et continue des quelque 60,000 colons laissés ici par le retrait de la France en 1760. Dans des conditions difficiles, avec les moyens de l’époque, ils ont survécu et duré, avec un apport minimal d’immigrants, jusqu’à ce qu’ils reçoivent brutalement, sans avoir été consultés et préparés à cette submersion, un flot important d’immigrants de provenances diverses. L’honnêteté consiste à reconnaître que, chez nous, le « nationalisme ethnique » a un fondement historique, et n’a rien à voir avec les connotations péjoratives qu’il peut évoquer ailleurs. Notre peuple, jusqu’à tout récemment, et encore aujourd’hui, dans une large proportion, jouit d’une homogénéité, d’une consanguinité généalogique indéniables. Autrefois, des courants, cathares au Moyen Âge, jansénistes aux temps modernes, niaient la sexualité, les réalités de la chair et du sang. On commettrait la même aberration en excluant du fondement de la relation politique les liens du sang. Du reste, si on culpabilise les Québécois d’être un peuple, d’abord par la consanguinité, c’est pour accorder à leurs dépens cette reconnaissance aux différentes ethnies qui se sont ajoutées à nous.

Pour aborder la question des « accommodements », très marginale par rapport à ce qu’elles impliquent et sous-entendent, il faut dire la vérité historique, l’expliquer aux immigrants, et n’admettre que des solutions respectueuses de la nature profonde du Québec. Cette nature est spécifique et diffère de celle de tous les autres pays d’Amérique. La véritable ouverture consistera à explorer les voies d’un ethnicité ouverte, qui respectent le caractère particulier du Québec et visent à le préserver . À ce point, à ce tournant peut-être décisif de notre histoire, une seule chose doit nous guider : l’amour de notre peuple, le souci qu’il dure et croisse dans l’histoire dans la direction de ses origines. . Cet intérêt est si élevé, si exigeant, qu’il oblige à abolir les frontières de partis, les partis ne se justifiant que dans des domaines bien secondaires par rapport à celui de notre existence même.

Hubert Larocque, msbenoit@videotron.ca

Gatineau (06-09-2007).