RECENSEMENT CANADIEN

J’ai lu votre article « Le
prochain recensement canadien
» et en tant que démographe à l’Université de
Montréal qui utilise quotidiennement les données des recensements, je ne suis
absolument pas d’accord avec la proposition ! Il ne faut surtout pas faire ça !

Tout d’abord, le recensement ne sert pas seulement à Statistique Canada, mais
à des milliers de chercheurs et d’universitaires qui tentent de comprendre à
quoi ressemble la population au Canada et dans chacune des provinces. Introduire
volontairement une erreur dans le recensement, c’est créer des distorsions
inutiles qui vont entraîner un biais dans toutes les études scientifiques qui
vont utiliser ces données.

En tant qu’universitaire qui utilise quotidiennement les recensements, je
vous exhorte à répondre le plus honnêtement possible. Le recensement est un
outil de travail essentiel pour mener à terme des études scientifiques en
démographie, en économie, en sociologie, en histoire, en anthropologie et dans
la plupart des sciences sociales ! C’est beaucoup plus qu’un questionnaire pour
voir si l’on va garder les services en français ou non !

Moi je veux savoir combien de gens se disent de langue maternelle française,
combien déclarent deux langues maternelle ou plus, je veux aussi savoir si à la
maison, au cours des dernières décennies, le français a gagné du terrain ou s’il
en a perdu… je ne veux pas que les gens me répondent qu’ils parlent français
chez eux si ce n’est pas vrai, j’en arriverais ainsi à de mauvaises conclusions
et je pourrais, par exemple conclure que le français est sauvé à Montréal alors
que ce ne serait pas du tout le cas… Dans un tel cas , les gouvernements
pourraient en effet décider de réduire, voire  supprimer les mesures de
protection du français, croyant qu’il est sauvé,  alors qu’en réalité, sa
survie est plus menacée que jamais ! Même s’il est  à peu près improbable
qu’une telle situation se produise, cet exemple  montre l’absurdité de la
chose ! Le recensement sert à connaître l’état  des lieux, à voir où en est
la situation, il est donc très important de dire la vérité dans le recensement !

De plus, à Statistique Canada , il n’y a pas que deux de pique… c’est l’un
des organisme statistique les plus réputé du monde. La solide expertise de cet
organisme sert dans plusieurs pays de tous les continents… même les
Européens se fient sur les normes de Statistique Canada pour élaborer leurs
propres normes… en d’autres mots, Statistique Canada dicte quelques-unes
dès règles qui seront suivies par toute la planète… Il ne faut donc pas sous-
estimer cet organisme. Statistique Canada ne cherche pas à déterminer s’il
faut garder ou non des services en français, ce qu’on cherche à faire, c’est
de mesurer le nombre de personnes qui parlent français, combien parlent
plus d’une langue, combien il y a d’allophones, etc. On ne suggérera
jamais de retrancher des services en français parce que les gens sont bilingues.

D’ailleurs, dans le recensement, il n’y a pas de question demandant : «
êtes-vous bilingues ? ». Dans le questionnaire long du recensement, il n’y a que
les 4 questions suivantes sur la langue :

13) Cette personne connaît-elle assez bien le français ou l’anglais pour
soutenir une conversation ? Cochez un seul cercle :
O Français seulement
O Anglais seulement
O Français et anglais
O Ni français ni anglais

14) Quelle(s) langue(s), autre(s) que le français ou l’anglais, cette
personne connaît-elle assez bien pour soutenir une conversation ?
O Aucune
ou
Précisez laquelle ou lesquelles
________________
________________
________________

15 a) Quelle langue cette personne parle-t-elle le plus souvent à la maison ?
O Français
O Anglais
O autres – précisez
_________________

15 b) Cette personne parle-t-elle régulièrement d’autres langues à la maison
?
O Non
O oui, français
O oui, anglais
O oui, autres – Précisez
__________________

16) Quelle est la langue que cette personne a apprise en premier lieu à la
maison dans son enfance et qu’elle comprend encore ? Si cette personne ne
comprend plus la première langue apprise, indiquez la seconde langue qu’elle a
apprise :
O Français
O Anglais
O autre – Précisez ___________________

Ainsi, il faut faire attention… moi, je me considère comme bilingue… or, aux
questions du recensement, il n’y a qu’à la questions n° 13 où je répondrais que
je connais l’anglais, car je ne parle pas anglais à la maison et ma langue
maternelle est le français. Ainsi, Statistique Canada ne conclurait jamais que
je parle autant français qu’anglais ! On conclurait plutôt que je suis un
francophone qui peut se débrouiller en anglais. Les questions de Statistique
Canada sont longuement réfléchies pour éviter les erreurs et les mauvaises
interprétations !

Le meilleur moyen de protéger le français au Canada, c’est d’utiliser les
services en français et de les exiger le plus possible, même quand il semble que
personne ne comprenne le français. L’exigence d’un service en français a
beaucoup plus d’impact qu’une étude de Statistique Canada, surtout que les
services fédéraux doivent être disponibles en français et en anglais (même si
cela laisse quelquefois à désirer), alors que pour les services de proximité, la
fonction publique fédérale ne se fie pas sur la proportion de gens bilingues,
mais sur la proportion de personnes dont la langue maternelle est le français
(ou l’anglais) sur un territoire donné.

Ainsi, au nom de la recherche scientifique, je vous prie d’encourager vos
lecteurs à répondre le plus honnêtement possible aux questions du recensement.

Jonathan Chagnon
étudiant en démographie
Université de Montréal
jochagnon@hotmail.com

(Le 30 avril 2006)