COLONISÉ ET COLONISATEUR

Normand Rousseau
Gatineau, le 24 septembre 2006

Lettre ouverte extraite du Devoir du mardi 26 septembre 2006

Chaque fois qu’un Canadien anglais dénigre les Québécois, plusieurs médias
s’empressent d’affirmer que le Canada anglais ne pense pas comme ça. Ce serait
un cas isolé. Cherry, Francis, Kay, Wong, et les autres, tous des cas isolés? Je
veux bien. Il n’existe aucun sondage pour appuyer cette prétention ni pour
l’infirmer.

Mais quand ce genre d’infamie se produit, il y a un baromètre qui pourrait
nous indiquer ce que pense vraiment le Canada anglais des Québécois : ce sont
les médias anglais. Il n’y a pas eu de tollé dans les médias anglais pour
condamner Wong. Qui ne dit mot consent. Les silences, les omissions sont souvent
aussi graves que les insultes elles-mêmes.

Et surtout, ce n’est pas la première fois. Est-ce que les médias anglais ont
condamné les Cherry, Francis, Kay et Wong ? Les Canadiens anglais ont même élu
Cherry comme une grande personnalité canadienne. Est-ce que les médias anglais
se sont portés à la défense de Levine, de Monfort ? Ont-ils condamné les
fanatiques qui s’opposent au bilinguisme ? Ceux qui ont marché sur le drapeau
québécois ?

Pendant ce temps, au Québec, on a crucifié sur la place publique les Parizeau
et Michaud. On a forcé Jean-Louis Roux à démissionner pour une blague de
jeunesse.

Comment expliquer ce contraste sinon par le complexe du colonisé et du
colonisateur. Le colonisateur dénigre ses colonisés. Les Britanniques ont
dénigré pendant des siècles les Irlandais, les écossais, les aborigènes, les
Boers, les Maoris, les Amérindiens, etc., et les Québécois au Canada sont
dénigrés depuis longtemps. Le colonisateur ne s’excuse pas, ne démissionne pas.
Le colonisé se dénigre lui-même, s’excuse et démissionne.