RÉACTION D’UN LECTEUR ANGLOPHONE

NDLR – Nous publions fréquemment les textes de M.
Germain Pirlot que vous pourrez lire en effectuant une recherche à partir du
moteur de recherche de notre site Internet en inscrivant « Germain Pirlot ».

Monsieur Germain Pirlot,

J’apprends le français en ce moment, et c’est comme ça que je me suis
retrouvé dans le site Web d’Impératif
français
. Aussi, je suis de langue maternelle anglaise. Donc, vous devrez
excuser mon drôle de français.

Je dois vous dire que les lettres que l’on trouve sur le site d’Impératif
(spécialement la vôtre) sont pour moi complètement étonnantes et incroyables.
D’où vient donc votre haine de l’anglais au juste? L’hégémonie anglo-saxonne?
L’impérialisme des Anglos, etc.??? Le fait que c’est l’Angleterre qui a
construit votre pays (je suppose que vous êtes de la Belgique)!?!?!?!?
L’incessant déroulement des attaques acharnées contre la langue anglaise, la
culture anglaise, l’hégémonie de l’anglais, l’impérialisme anglais, bla bla bla.
Il vaudrait mieux que vous et vos amis qui avez tant de mépris pour les Anglais
et la langue anglaise finissiez par accepter une vérité : l’anglais est
aujourd’hui la langue mondiale, c’est DONC le choix manifeste pour les
communications internationales… et cela s’applique aussi à l’Europe,
spécialement avec les nouveaux pays de l’Est. Depuis deux ans, j’essais
d’apprendre le français car j’aime bien cette langue que je trouve importante et
utile; je trouve aussi que c’est assez proche de l’anglais, donc plus facile à
apprendre que bien d’autres langues… mais vous n’aidez vraiment pas la cause
du français avec vos mots méchants et détestables.

Les Anglos ne sont pas des bêtes comme vous semblez le croire.

Mark Ayre

ESA Advanced Concepts Team (
http://www.esa.int/act
)
Telephone: + 31 (0)71 565 6479 – Fax +31 (0)71 565 8018
E-Mail: mark.ayre@esa.int
ESTEC, DG-X, Keplerlaan 1, 2201 AZ Noordwijk, The Netherlands

(Le 18 janvier 2005)


RéACTION à LA RéACTION D’UN LECTEUR ANGLOPHONE

Je prends à l’instant connaissance de la réaction de M. Mark Ayre aux
différentes prises de position de M. Germain Pirlot au sujet de « l’impérialisme »
anglo-saxon.

Ne sachant pas où déposer ma réaction, je me permets de vous l’envoyer par ce
courriel.

Certes, l’anglais jouit actuellement d’un énorme prestige, mais un (trop)
grand nombre de positions favorables à l’anglais est excessif: bon nombre de
personnes soutiennent en effet que l’anglais est la seule langue véhiculaire
actuelle, que c’est un fait accompli, que de s’y opposer est un combat perdu
d’avance…

De là à conclure à un sentiment de haine à l’égard des Anglais (et des
Américains)…

N’y a-t-il pas là méprise quant à l’objet de cette « haine » ?

Pour soutenir que les peuples choissent délibérément et librement l’anglais,
il faudrait tout de même avancer des raisons objectives : il est un peu court de
prétendre que tout le monde comprend l’anglais, que l’anglais est facile,
etc….

Y a-t-il liberté lorsque les gens en arrivent non pas à traduire, mais à
transposer des mots anglais en français ? Est-il en effet normal de « printer » un
document au lieu de l’imprimer, de « réaliser » quelque chose au lieu de s’en
rendre compte ? Dois-je me considérer comme étant tenu informé de la réaction de
M. Ayre dont on m’a « forwardé » le texte au lieu d’en être tenu au courant parce
qu’on me l’a transmis, fait suivre ?

Dois-je me considérer comme libre de choisir l’anglais lorsque des publicités
sur des chaînes francophones incluent des textes entièrement en anglais où je ne
comprends que dalle ? Si je dois suivre des cours d’anglais pour comprendre une
simple pub, où est donc ma liberté de choisir la langue que j’ai envie
d’apprendre ?

N’est-il pas alors étonnant que des prises de position transpirent la « haine »
? J’ai apprécié en son temps d’apprendre l’anglais, mais l’abus de son
utilisation m’inspire de l’aversion à son égard, non pas en tant que langue en
tant que telle, mais plutôt à l’égard de cette utilisation abusive. Est-il
normal de lire sur une affiche de Pernod « let theshine in » ou d’entendre dans
des publicités de la Deutsche Bank qui a racheté le Crédit Lyonnais Belgique
« operations to perform » ou encore « VITTELlize your days » (ou « your life ») ? ou
encore une utilisation de plus en plus étendue de l’anglais dans les pages
d’offres d’emplois dans un grand quotidien francophone belge comme si Bruxelles
était un faubourg de Londres ?

Je veux bien utiliser l’anglais pour des contacts réguliers avec des
anglophones qui, inversement, ne ressentiraient pas l’utilité du français à
cause d’un trop petit nombre de contacts avec le monde francophone, mais j’y
suis opposé pour des contacts avec des non-anglophones qui ne connaissent pas ma
langue.

D’autre part, je pense que M. Ayre a effectivement raison de regretter que
les francophones s’y prennent mal dans la lutte pour la défense du français. Mon
expérience personnelle m’a souvent mis en contact avec des anglophones qui
connaissent pas mal le français, en tout cas mieux que moi l’anglais.

J’ai également encore récemment rencontré des personnes qui faisaient
l’effort de s’exprimer en français et, par courtoisie, je fais moi-même l’effort
de m’adresser à elles dans l’anglais que je peux. Dans ce cas, nulle aversion de
ma part.

Non, M. Ayre, rassurez-vous, nous ne vous haïssons pas, nous combattons les
excès et tout ce qui est excessif est insignifiant. Je terminerai enfin que,
voici déjà une trentaine d’années, un Lord membre de la Chambre des Lords, avait
introduit au Parlement de Sa Gracieuse Majesté une’ proposition de loi pour
limiter l’utilisation de l’anglais parce qu’il estimait que sa trop grande
utilisation par les étrangers nuisaient à la qualité de la langue.

Je vous prie de bien vouloir agréer mes sentiments les meilleurs.

Paul Humblet, Bruxelles
paulhumblet@yahoo.fr

(Le 19 janvier 2005)


Réponse à la lettre à l’égard de Germain Pirlot

Monsieur Ayre,

Je connais Germain Pirlot depuis très longtemps et je puis vous assurer qu’il
n’est pas anglophobe.
De plus une connaissance commune anglaise m’a dit grand bien de lui.

Anglophile moi-même, je compte de bons amis en Grande Bretagne. De plus je
lis beaucoup d’ouvrages en anglais.

Toutefois, depuis mon séjour au Québec, je me suis aperçu des dégâts causés
par l’impérialisme linguistique exercé par une communauté linguistique sur une
autre.
Je me suis souvenu à ce moment-là, que les francophones de Flandre n’ont pas été
plus cléments à l’égard des non-francophones. Maintenant, ce sont des gens de ma
génération qui encaissent : les Wallons qui n’ont rien à voir avec cela
récoltent ces fruits vénéneux.

Cela contraste si fort avec les congrès d’espéranto où tout le monde est sur
pied d’égalité.

Comme pour le cas belge, on retrouve à l’échelle européenne ce qu’on a vécu
en Flandre.
Les classes aisées non-anglophones profitent de leur accès plus aisé à l’anglais
pour l’imposer à leurs congénères !

Que les Anglais et les Américains profitent de la stupidité des autres, c’est
de bonne guerre.
Là où c’est déplaisant c’est quand ils cherchent à monopoliser. C’est le cas
pour les revues scientifiques. Cela commence par le plurilinguisme. Puis, pour
des raisons prétendument pratiques, on passe à l’anglais seul. Puis on élimine
des contributions de non-anglophones parce que leur anglais est ‘mauvais’. Vous
vous apercevez que le système devient vite malsain car il devient facile
d’affirmer que les scientifiques anglophones sont meilleurs que les autres.
De sorte que graduellement, le financement de projets s’en ressent et pas
toujours pour le bien-être de la Science ou de l’Humanité…. !

Comme l’histoire des langues ethniques est toujours conflictuelle, les
espérantistes en ont parfois assez des préjugés véhiculés à l’égard de
l’espéranto et, pire, des promoteurs de la langue inter-ethnique.

Quant nos "élites" non-anglophones se mettent à torpiller tout ce qui touche
à l’espéranto, vous pouvez comprendre la lassitude ou l’agressivité de certains
de ces espérantistes. Mais ils sont loin d’être la majorité du genre, croyez-moi
!

Il faut expliquer patiemment de quoi il s’agit. Même si l’on se heurte à des
murs de préjugés.

J’ai rencontré de telles attitudes en Angleterre lorsque étudiant, je parlais
en bien du système métrique décimal. "Cela est utopique et n’arrivera jamais !"
me disait-on ! 4 ans plus tard, Edward Heath le faisait entrer au Royaume Uni…

Un charpentier irlandais en écoutant mon exposé, était,lui, charmé. "J’ai dû
doubler deux fois parce que je ne m’y retrouvais pas dans mes calculs ! Si
j’avais pu travailler en système métrique décimal, j’aurais gagné du temps et de
l’argent". Hélas, la force de l’habitude a coûté beaucoup plus aux moins nantis
qu’aux autres.

Le système archaïque des anglo-saxons a reculé et recule encore.Mais que de
temps, d’argent et d’énergie perdus entre-temps !!!

Le bon sens a prévalu et je doute fort que les jeunes Britanniques veuillent
faire marche arrière !!!

De l’autre côté, la différence se mesurait mieux que celle des langues.

Je suis convaincu que lorsque l’actuelle politique linguistique aura coûté
très cher et aura fait des dégâts, on se tournera vers des solutions
rationnelles. D’ailleurs, on parle plus de l’espéranto maintenant qu’il y a dix
ans comme solution pour l’Europe, par exemple.

Je me permets de vous inviter à vous pencher sur ce problème sans idée
préconçue et peut-être trouverez-vous que j’ai été trop tiède dans ma réaction !

Je me permets de vous féliciter d’avoir utilisé ma langue maternelle, ce que
font trop peu d’anglophones et me réjouis de lire votre réaction à mon message.

Veuillez agréer, Monsieur Ayre, expression mes sentiments distingués.

Georges SOSSOIS

georgecamille.sossois@compaqnet.be

(Le 23 janvier 2005)