LE CANADA, UNE TYRANNIE LÉGALISÉE


M. Pierre Stewart Pettigrew

pettigrew.p@parl.gc.ca
Ministre des Affaires étrangères
Ottawa, Canada

M. le ministre, votre réplique rien moins que consternante aux propos de
Michel Venne parue dans Le Devoir du 27 courant (

http://ledevoir.com/2005/09/27/91252.html
) appelle à mes yeux la
contre-réplique suivante d’une simple citoyenne sans autre visibilité ou pouvoir
réels que la simple opportunité, à l’occasion, d’exprimer son opinion à peu près
librement.

Il y a vingt ans, lorsque l’on demandait à la Québécoise que je suis ce que
signifiait à ses yeux le Canada, ne sachant trop quoi répondre je me contentais
de hausser les épaules. Il y a une dizaine d’années, je commençais à
saisir certains codes de ce pays-là, de son gouvernement en particulier. Et
c’est ainsi, quoique sans acrimonie aucune, à la manière pour ainsi dire d’un
banal constat objectif, à la même question je rétorquais alors tout
spontanément: «Le Canada est un pays étranger».

Or depuis lors, après douze ans (1993) du régime autoritaire d’un Parti
libéral
du Canada qui a toujours confondu ses intérêts partisans avec ceux
de l’état canadien (

http://www.radio-canada.com/nouvelles/special/nouvelles/commandites/commandites/

), régime qui cherche par tous les canaux et les moyens à anémier, à débiliter,
à aveulir et à déstructurer l’état québécois – tous gouvernements confondus
(«bleus» ou «rouges», de Robert Bourassa à Bernard Landry ou Jean Charest) -,
mon sentiment à l’égard du Canada a continué à «évoluer».

Et c’est ainsi – de l’étranglement fiscal délibéré à la propagande et à la
corruption systématique, des violations de la démocratie québécoise aux
Commission Gomery, des Stéphane Dion, des André Ouellet, des Céline
Hervieux-Payette, des John Parisella, des Serge Joyal, des Claude Garcia et des
Jean Pelletier aux Denis Coderre, aux Serge Savard, aux Yves Gougoux, aux Joe
Morselli, aux Jacques Corriveau, aux Charles Guité, aux Alfonso Gagliano et
autres Pierre Pettigrew, des Jean Chrétien, enfin, aux Paul Martin (les
Québécois on her Majesty’s Service ont toujours été légion) – que j’en
suis arrivée avec horreur à la terrible conclusion que le Canada n’est plus tout
banalement (un gène récessif ne constitue pas à tout coup une gêne pour
l’organisme hôte) un corps étranger dans le seul état français des Amériques
continentales. Il en est carrément – virus prédateur et cancérigène – l’ennemi
avéré.

Et à chaque fois que le ministre fédéral que vous êtes ouvre la bouche au
sujet de ce Québec, vous me confirmez hélas ! un peu plus dans cette conviction
lentement, progressivement, mûrement élaborée au fil des ans. Aussi, monsieur le
ministre canadien des Affaires étrangères, permettez-moi bien humblement de vous
dire vous ne portez jamais si bien votre titre que lorsque vous vous autorisez à
discourir du Québec.

Ce sont des hommes comme vous, M. Pierre S. Pettigrew, qui seront parvenus
avec le plus d’efficacité à éjecter la citoyenne Lacroix de ce Canada auquel des
années durant – et contre toute lucidité historique, vraisemblablement – elle a
voulu croire non sans une certaine obstination.

à n’en pas douter, plus que tous les Parizeau et les Landry de ce monde, vous
et les vôtres constituez désormais les valeurs sûres de l’Indépendance du
Québec. Laquelle maintenant, il est vrai, m’effraie beaucoup moins que le Canada
lui-même…

Comme quoi il peut arriver quelquefois, ironie de l’Histoire avec un grand H,
que l’on construise des pays à coups de poutres géantes dans les yeux.

Marie-Louise Lacroix
MarieLacroix@moncanoe.com
Capitale nationale, 27 sept. 2005

cc : M. Michel Venne et Journal Le Devoir