LETTRE À MON PREMIER MINISTRE

LETTRE OUVERTE à MON PREMIER MINISTRE : MONSIEUR JEAN CHAREST

Je n’ai pas voté pour vous en avril 2003. Mais vous êtes quand même mon
Premier ministre. Et malgré nos vues divergentes, j’ai toujours respecté les
fonctions que vous occupez.

Mais la semaine dernière, vous êtes allé trop loin. Vous vous êtes attaqué
aux étudiants du Québec en augmentant leur endettement de 103 millions de
dollars. D’un seul coup de baguette, vous avez transformé ces millions, de
bourses en prêts. C’est plutôt au déséquilibre fiscal, illustré par les surplus
de 9,1 milliards annoncés durant la même semaine par Ottawa, que vous auriez dû
asséner un bon coup de baguette.

En préférant prendre cet argent dans la poche des étudiants plutôt que dans
le coffre-fort du gouvernement fédéral, vous rendez-vous compte, monsieur
Charest, que vous avez fissuré le lien intergénérationnel au lieu de le cimenter
! Vous aviez une chance unique de dénoncer l’étranglement fiscal d’Ottawa, mais
vous avez fait le choix de fragiliser notre jeunesse comme vous l’avez fait en
augmentant de 40 % les frais de garderies dans les Centres de la petite enfance.
Vous auriez pu défendre avec une passion légitime la souveraineté de notre
Assemblée nationale mais vous avez préféré vous conduire comme un allié objectif
des arnaques de Paul Martin. En jouant le rôle d’architecte « provincialiste »
vous vous faites l’apôtre du « Nation building canadian » et vous placez le
Québec en position de faiblesse.

C’est peut-être cela votre géométrie constitutionnelle asymétrique. Pour être
franc avec vous, monsieur Charest, Pythagore lui-même n’y comprendrait rien !

à l’heure où le réseau d’éducation doit faire face à un taux important
d’études post-secondaires non complétées, à l’heure où nos bibliothèques
souffrent de sous-financement et ont besoin d’une urgente cure de
rajeunissement, à l’heure où le Québec a un besoin pressant de médecins,
d’infirmiers, d’ingénieurs et d’une panoplie de professionnels, vous optez pour
la mollesse asymétrique qui va à l’encontre du courage démontré par les Premiers
ministres du Québec au cours des 40 dernières années.

à vous user les genoux de pantalon sur l’autoroute Jean-Lesage et sur la 417,
dans votre pèlerinage vers Ottawa, ce n’est pas d’un dé ni d’une machine à
coudre dont vous aurez besoin, mais de toute une équipe de couturiers. Le
rapiéçage a ses limites monsieur le Premier ministre.

Monsieur Charest, votre comportement n’est pas digne de vos fonctions.

Donald Longuépée
Gatineau
donald.longuepee@sympatico.ca

Le 20 octobre 2004